Si l’on ajoute, en avant de la partie céphalique d’une Térébelle, des pailles de couleur dorée, disposées sur plusieurs rangs en peignes ou en couronnes, on aura une Amphitrite.
Celle qu’on désigne sous le nom d’éventail[160] est bien certainement une des plus jolies Annélides de nos mers.
Son tube ressemble à un fourreau de cuir. Il est étroit et s’élargit graduellement de bas en haut.
L’Annélide étant mise dans de l’eau fraîche, on voit, après quelques moments de repos, s’échapper de son tube plusieurs petites bulles d’air. Bientôt sortent graduellement les pointes d’un pinceau bigarré, qui s’élève peu à peu, jusqu’à ce qu’il forme un merveilleux panache, composé d’une multitude de filaments plumeux d’un carmin vif. Ce panache s’étale et prend la forme de deux éventails demi-verticaux, arrondis, concaves, disposés de manière à produire un immense entonnoir. Chaque filament est grêle, pointu et garni sur les côtés de barbes extrêmement fines, arrangées avec une grande symétrie. Ils sont serrés inférieurement et divergent plus ou moins vers la moitié supérieure. Cette dernière moitié est presque toujours d’un rouge pourpre. La base de l’entonnoir plumeux paraît d’un jaune doré, avec cinq ou six petites zones transversales et parallèles de ponctuations purpurines.
On remarque au milieu deux antennes triangulaires, pointues, brunes et vertes, et au-dessous deux espèces de lobes charnus qu’on a comparés à deux truelles. Entre ces lobes surgit un organe qui ressemble à une languette.
Le reste du corps est grêle, comme festonné, et peint en jaune, en vert, en rouge et même en brun.
Au plus léger choc, toutes ces brillantes parties s’affaissent, se resserrent et disparaissent. On ne voit plus qu’un vilain fourreau.