Les premières, nommées aussi Pontobdelles ou Ponbdelles, ont un corps généralement hérissé de verrues plus ou moins épineuses; elles manquent de branchies et respirent par la peau.

Les secondes ont un corps non verruqueux; mais les deux tiers postérieurs de l’animal sont garnis sur les côtés de branchies extérieures, demi-circulaires, onduleuses, semblables à de petites feuilles transversales superposées. Ces branchies composent ainsi deux franges élégantes.

Les Albiones se trouvent principalement sur les Raies, et les Branchellions sur les Torpilles.

Les Sangsues de mer adhèrent fortement à ces poissons au moyen de leurs ventouses. Elles ont l’instinct de choisir la racine des nageoires, les bords des yeux, l’orifice des branchies; c’est-à-dire les endroits où la peau est à la fois le plus riche en vaisseaux sanguins, le plus mince et le plus vulnérable.

Ces animaux ne sont pas pourvus, comme les Sangsues médicinales, de trois mâchoires cartilagineuses, robustes, armées d’une soixantaine de dents pointues, en forme de chevrons. On n’y découvre que trois petits tubercules, sans aucune dureté. Comment ces parasites parviennent-ils à diviser les téguments des Raies et des Torpilles? Leur bouche est organisée tout à fait comme une vraie ventouse; elle s’applique contre la peau d’une manière très-solide, et la déchire par une très-forte aspiration. Cette enveloppe est rompue, déchirée et non sciée; ce qui fait que la blessure doit être irrégulière et non trifide.

Les verrues épineuses, et peut-être aussi les branchies foliacées, empêchent ces Annélides de glisser sur l’enveloppe rugueuse des Poissons, surtout quand ces derniers s’agitent brusquement. Pendant le jour, elles demeurent immobiles. Le soir, elles sortent de leur apathie, sucent les Raies et les Torpilles, ou bien voyagent sur leur corps.

II

Les Albiones et les Branchellions aiment le sang rouge. Chacun son goût! Voilà pourquoi ces animaux dédaignent les Mollusques et attaquent les Poissons. Ils préfèrent les Poissons cartilagineux et plats à tous les autres: probablement parce que ces derniers n’ont pas la peau revêtue de fortes écailles protectrices; peut-être aussi parce qu’ils se tiennent dans les endroits vaseux, presque toujours au fond ou près du fond, circonstance favorable aux évolutions, aux mœurs et à la ponte de nos sanguinaires Annélides.

Les animaux parasites, qui se nourrissent exclusivement de sang, enlèvent presque toujours ce fluide à d’autres animaux doués d’une structure plus compliquée que la leur, ou, comme disent les savants, d’un organisme plus parfait. Or, dans une bête quelconque, le sang peut être regardé comme la quintessence de son alimentation. Par conséquent, une très-petite quantité de ce fluide devrait suffire à un animal très-dégradé. Pourquoi donc toutes les Sangsues en prennent-elles aussi abondamment?

Personne n’ignore que le Ver à soie mange, dans un repas, une quantité de feuilles plus pesante que son corps (Tyson). On conçoit cette voracité, les feuilles du mûrier étant peu nourrissantes et l’animal devant grandir avec rapidité! Mais le sang de l’homme ou du poisson est un liquide très-nutritif pour des Sangsues, et les Sangsues grossissent lentement! Cette habitude de gloutonnerie tiendrait-elle à ce que nos bêtes sanguivores supportent de longs jeûnes, de très-longs jeûnes, et à ce que chaque repas doit représenter chez elles un certain nombre de repas?