3o Les Planaires, petits animaux aquatiques, d’eau douce et d’eau salée, voisins des Sangsues, présentent, à la partie moyenne du ventre, une poche munie d’une petite trompe. Voilà tout leur système digestif. C’est avec cette trompe que l’animal saisit sa proie et l’introduit dans son estomac. Quand l’aliment est digéré, il rejette les parties excrémentitielles avec le même organe.

Si, à l’aide d’un instrument tranchant, on coupe transversalement une Planaire en deux parties, on formera deux êtres nouveaux. Mais l’estomac étant unique, suivant l’endroit où l’on aura opéré la division, il se trouvera dans l’une ou dans l’autre des deux moitiés. Si vous coupez en avant de la poche digestive, cette poche sera dans la queue; si vous coupez en arrière, elle sera dans la tête. Au bout de quelque temps, apparaît sur le milieu de chaque fragment un point blanchâtre qui s’étend, se creuse et donne naissance à un nouvel appareil. L’estomac ancien, quelle que soit la place qu’il occupe, se flétrit et disparaît. (Il y a un moment où les Planaires possèdent deux estomacs, un normal, dans la situation ordinaire, et un autre plus ou moins atrophié, dans la queue ou dans la tête!) Nous pouvons donc, suivant le lieu où nous porterons le scalpel, faire naître l’estomac à l’endroit que nous voudrons! Que résulte-t-il de là? Que chez certains Invertébrés, il est permis de considérer comme identiques des parties ou des organes qui, au premier abord, ne se ressemblent pas.

III

On a recueilli, depuis quelques années, un grand nombre de faits physiologiques qui prouvent que la Sangsue n’a pas seulement une vie générale, une vie d’association, si l’on peut parler ainsi, mais aussi des vies particulières, des vies de zoonites.

Pour l’harmonie générale, la nature a pourvu cette Annélide de Cordons nerveux de communication qui relient entre eux les organismes particuliers. Le premier zoonite, qui offre le centre sensitif le plus développé et qui porte les organes des sens, peut être regardé comme le chef des organismes, le régulateur de l’association, le pilote du vaisseau. Si l’on détruit ce zoonite, les autres continuent de vivre, mais d’une vie obscure et confuse. L’animal ne peut plus pourvoir à sa nourriture, ni à ses principaux besoins.

Voici quelques expériences qui montrent manifestement que les vies des zoonites sont, jusqu’à un certain point, indépendantes les unes des autres.

1o Si l’on mouille avec de l’eau salée ou avec un acide affaibli les premiers zoonites d’une Sangsue pleine de sang, les estomacs qui leur correspondent se dégorgent, les autres conservent le sang qui les remplit.

2o Si l’on plonge partiellement une Sangsue dans un acide concentré ou dans l’alcool, on ne détruit que la vitalité de la portion plongée.

3o Si l’on coupe en deux une Sangsue aux trois quarts gorgée et encore attachée à la peau, la moitié antérieure continue de sucer, et l’on voit le sang couler par son extrémité ouverte.

4o Si, d’une manière quelconque, on fait périr un zoonite de la région moyenne, les parties antérieure et postérieure ne cessent pas de vivre. Seulement, d’un animal multiple, on en a fait deux.