O Nature! comme tu remplis notre âme d’étonnement et de respect!

Dans les ports d’Espagne, quand on a pris une espèce de Crabe appelée Boccace (singulier nom pour un Crustacé!), on se contente de lui couper les grosses pinces, regardées comme un excellent manger. On jette ensuite dans la mer le pauvre animal mutilé, pour le repêcher plus tard, quand il aura refait des pinces toutes neuves.

Les Crustacés sont carnivores. Ils mangent avec avidité les autres animaux, soit vivants, soit morts, soit frais, soit corrompus. Peu leur importent la qualité et l’état de la victime!

Il est amusant de voir l’adresse et la gravité avec lesquelles le Crabe commun, lorsqu’il s’est emparé d’une malheureuse Moule, tient une valve soulevée avec une pince et détache l’animal avec l’autre, rapidement et proprement, portant chaque morceau à la bouche, comme on le fait avec la main, jusqu’à ce que la coquille soit entièrement vidée! (Rymer Jones.)

Ce Crustacé ne mord pas directement sur sa proie comme l’Écrevisse. Il est aussi goulu, mais mieux appris.

M. Charles Lespés a surpris, sur la plage de Royan, une troupe de Crabes au moment de leur repas. Ce jour-là ils dînaient en commun, et Dieu sait la joie, comme dit le bon la Fontaine. Ils étaient en rang, tous tournés du même côté, et presque debout sur leurs huit pattes. Ils saisissaient à terre de petits objets et les portaient à la bouche prestement et régulièrement. Chaque main avait son tour. Quand la droite arrivait à l’orifice buccal, la gauche prenait à terre; quand celle-ci à son tour donnait l’aliment, la première ramassait. Il n’y avait pas de temps perdu. Figurez-vous une troupe de zouaves disciplinés, mangeant avec ordre à la gamelle. Ce Crustacé, vous le voyez, a le bonheur d’être ambidextre.

Les Corophies à longues cornes[172], si remarquables par la gracilité de leur corps, savent très-bien couper le byssus des Moules, pour faire tomber ces bivalves dans la vase et les avoir à leur portée.

Est-il vrai que d’autres Crustacés, grands mangeurs d’Huîtres, ont assez de ruse ou d’instinct (comme on voudra) pour attaquer ces Mollusques sans s’exposer au danger de leurs battants? Quand le bivalve entr’ouvre sa coquille, espèce de trappe vivante, pour jouir d’un rayon de soleil ou pour prendre son repas, le malin Crustacé y glisse au plus vite une petite pierre. Cela fait, il dévore à son aise le pauvre coquillage, qui ne peut plus se barricader[173].

COROPHIE A LONGUES CORNES
(Corophium longicorne Latreille).