Quoique essentiellement carnassiers, les Crustacés mangent quelquefois des végétaux marins, surtout dans les temps de famine. Plusieurs néanmoins semblent préférer les fruits aux matières animales. Tel est le Crabe, si commun dans les îles de la Polynésie, qui se nourrit presque exclusivement de noix de coco. Ce Crabe a des pinces épaisses et fortes; les autres pattes sont relativement étroites et faibles. Au premier abord, il semble impossible qu’il puisse entamer une grosse noix de coco, entourée d’une couche épaisse de filasse et protégée par un noyau très-dur. Mais M. Liesk l’a vu très-souvent faire cette opération. Le Crabe commence par arracher le tissu fibre par fibre à l’extrémité où se trouvent les fossettes du fruit. (Il ne se trompe jamais d’extrémité.) Quand cela est fini, il frappe avec ses grosses pinces sur l’une de ces dernières, jusqu’à ce qu’il ait fait une ouverture. Puis, à l’aide de ses pinces étroites, et tournant sur lui-même, il extrait la substance blanche de la noix. Cette adroite manœuvre est un exemple bien curieux de l’instinct des Crustacés.
Les Crustacés ont des yeux de deux sortes, des yeux simples et des yeux composés: les premiers, sessiles et immobiles, peu saillants et très-bombés; les seconds, portés par une courte tige calcaire et formés d’une quantité considérable de petits yeux symétriquement agglomérés. La réunion de toutes les cornées microscopiques d’un œil composé ressemble à une calotte chagrinée ou taillée à facettes. On dit que dans un œil de Homard se trouvent 2500 petits yeux[177].
Les yeux simples sont myopes; les yeux composés sont presbytes. Ainsi un Homard peut voir de près ou de loin, ad libitum, bien entendu sans avoir recours à nos instruments d’optique!
Les Crustacés paraissent jouir d’un odorat subtil: ils arrivent de très-loin vers une proie. Si l’on met un petit Poisson mort sous une pierre, on verra bientôt cette dernière entourée d’une multitude d’affamés. On sait avec quelle rapidité affluent vers un morceau de viande, même fraîche, les Écrevisses qui peuplent nos ruisseaux. Si, comme le pensent beaucoup de naturalistes, l’organe de l’odorat réside dans les antennes, la longueur souvent excessive de ces organes chez les Crustacés expliquerait très-bien le développement de ce sens.
Beaucoup de Crustacés ne savent pas nager; ils marchent plus ou moins rapidement au fond de l’eau ou hors de l’eau. Il y en a qui courent obliquement, et qui se servent de leurs pattes aussi habilement dans le recul que dans la progression. On dit que le Cavalier[178] des côtes de Syrie doit son nom à la rapidité avec laquelle il parcourt de grandes distances. Est-il vrai qu’il va plus vite qu’un cheval?
Les Crustacés qui nagent s’élancent par bonds et par saccades, ou bien glissent mollement et régulièrement, soutenus et poussés par deux rangées de rames parallèles qui se meuvent avec régularité, comme les rames des galères.
La Porcellane large pince[179] est un mauvais nageur. Elle se contente d’agiter son abdomen, lequel l’aide à descendre obliquement et à reculons jusqu’au fond de l’eau. Elle se fixe sous la première pierre venue et s’y tient blottie pendant des mois entiers. Ses longues antennes, sans cesse en mouvement, l’avertissent de la nature des objets qui s’approchent. Ses pattes-mâchoires sont alternativement et sans relâche projetées en avant et ramenées ensuite vers la bouche. Ces pattes ressemblent à des faucilles. Elles sont formées de cinq articulations bordées intérieurement de soies courbes parallèles, lesquelles, à chaque déploiement de pattes, s’étalent comme les branches d’un éventail, et se rapprochent quand le membre se replie. Examinée au microscope, chaque soie paraît garnie elle-même d’un rang de poils plus courts, implantés perpendiculairement à sa longueur. Dans le mouvement de rétraction, les poils de chaque soie, s’entrecroisant avec ceux qui garnissent les soies latérales, forment un véritable treillis qui doit enfermer et entraîner les animalcules flottants à leur portée; tandis que, au déploiement, les soies s’écartent et laissent s’échapper tout ce que rejette le Crustacé, lequel peut ainsi se procurer sa nourriture sans changer de place. (Gosse.)
Les Chevrettes ou Crevettes[180] offrent, à l’extrémité de la première paire de pattes, un appendice semblable à un râteau, composé de poils très-courts placés sur le membre à peu près à angle droit. L’animal emploie ce râteau à rassembler les plus petites épluchures, qu’une paire de secondes pattes porte délicatement à sa bouche. Après quoi le râteau devient une brosse dont la Chevrette se sert pour le nettoyage des fausses pattes de son ventre et des lobes de sa queue. Quand il travaille à sa toilette, notre petit Crustacé prend une position grotesque. Son corps s’élève sur les quatre dernières paires de membres; le ventre et la queue se recourbent en avant, de manière que la partie postérieure de la Chevrette se trouve rapprochée des organes du brossage. (Rymer Jones.)
CRANGON COMMUN
(Crangon vulgaris Fabricius).