Le rusé compère choisit une maisonnette tantôt grise ou jaune, tantôt rouge ou brune, globuleuse ou cylindrique, en forme de tourelle ou de tonneau, souvent armée de dentelures, de créneaux, de lames tranchantes ou de prolongements pointus.
Cependant notre Diogène Crustacé préfère les coquilles en spirale un peu allongée: par exemple, les Cérites, les Buccins et les Rochers.....
HABITATION D’UN BERNARD L’ERMITE[191].
Le Bernard est timide. Au moindre bruit, il se retire dans son gîte, et s’y tapit sans mouvement. Il rentre la plus petite de ses pinces et ferme la porte avec la plus grosse. Celle-ci offre souvent des poils, des tubercules ou des dents. Notre prudent cénobite se cramponne si fortement au fond de sa retraite, qu’on le mettrait en pièces plutôt que de l’en arracher. Sa queue est transformée en une sorte d’appareil d’adhérence (haftorgan) à l’aide duquel elle le fixe solidement à sa nouvelle habitation.
Ce Crustacé est robuste et vorace. Il mange avec délices les Poissons morts et les débris de Mollusques et de Vers. Il attaque aussi les animaux vivants.
Quand on introduit un Bernard dans un aquarium, il l’a bientôt bouleversé et dévasté, avec ses courses désordonnées et avec sa rapacité insatiable.
On réussit quelquefois à conserver en bonne harmonie plusieurs individus dans le même réservoir, mais cela tient plutôt à l’impossibilité où ils se trouvent de s’attaquer entre eux, étant bien barricadés et bien rusés, qu’à la douceur de leur caractère ou à l’amour de leur prochain.
En effet, ces animaux sont très-querelleurs. Deux Bernards ne peuvent guère se rencontrer sans manifester des sentiments hostiles. Chacun étend ses longues pinces et semble tâter l’autre, comme font les Araignées quand elles cherchent à saisir une mouche du côté le plus vulnérable. En général, ils se contentent de ces preuves de hardiesse mutuelle, et chaque agresseur, trouvant l’ennemi parfaitement fortifié, s’empresse de battre prudemment en retraite. Souvent il y a une véritable passe d’armes: les bras s’écartent, les pinces s’ouvrent et s’agitent d’une manière menaçante; les deux adversaires se culbutent et roulent l’un sur l’autre, mais plus effrayés que meurtris[192].
M. Gosse a vu, une fois, la lutte se terminer par un dénoûment tragique. Un Bernard s’approcha d’un confrère agréablement logé dans une coquille plus grande que la sienne, le saisit par la tête avec ses puissantes tenailles, l’arracha de son asile avec la rapidité de l’éclair, et s’y logea non moins promptement, laissant le malheureux dépossédé se débattre sur le sable, dans les convulsions de l’agonie.