NOCTILUQUE MILIAIRE
(Noctiluca miliaris Lamarck).
La Noctiluque paraît, au premier abord, comme un globule de gelée transparente[6]. Avec un grossissement un peu fort, on distingue sa forme sphérique plus ou moins régulière, un peu déprimée et légèrement ombiliquée en dessous. Au centre de l’ombilic se trouve la bouche, qui communique avec un œsophage en forme d’entonnoir. Il en sort un tentacule filiforme, très-grêle, mobile, qui naît dans cet endroit, comme la queue dans une pomme. Ce tentacule semble tubuleux. Blainville suppose qu’il est terminé par un suçoir: ce serait alors une espèce de trompe.
Dans certaines contractions, le corps devient réniforme; dans d’autres, il perd son tentacule.
La Noctiluque offre çà et là, dans son intérieur, des granules, probablement des germes, et des points lumineux. Ceux-ci paraissent et disparaissent avec rapidité: la moindre agitation détermine leur éclat. Ces points forment tout au plus la vingt-cinquième ou la trentième partie du grand diamètre du globule. Les Noctiluques émaillent la surface de l’eau comme de petites constellations tombées du firmament.
III
Les Infusoires, on le sait aujourd’hui, ne sont pas les seuls animaux producteurs de la phosphorescence. Cet état brillant de la mer est encore déterminé par des Méduses, des Astéries, des Mollusques, des Néréides, des Crustacés et même des Poissons[7]..... Ces animaux engendrent la lumière comme la Torpille engendre l’électricité. Ils multiplient et diversifient les effets du phénomène. La lumière qu’ils produisent passe tantôt au verdâtre, tantôt au rougeâtre. A certains moments, on croit voir, dans le sombre royaume, des disques rayonnants, des plumets étoilés, des franges flamboyantes. Plusieurs animaux paraissent de loin comme des masses métalliques rougies à blanc, ou comme des bouquets de feu lançant des étincelles. Il y a des festons de verres de couleur comparables aux guirlandes de nos illuminations publiques, et des météores incandescents, allongés ou globuleux, qui se poursuivent à travers les vagues, montent, descendent, s’atteignent, se groupent, se confondent, se disjoignent, décrivent mille courbes capricieuses, et s’éteignent pour se rallumer et se poursuivre de nouveau.
IV
Spallanzani a fait un grand nombre d’expériences sur la lumière des Méduses[8], particulièrement sur celle de l’Aurélie phosphorique[9]. Il a reconnu que cette remarquable propriété réside dans les grands bras ou tentacules, dans la zone musculaire du corps et dans la cavité de l’estomac. Le reste de l’animal ne brille que par réverbération. La source de la phosphorescence est due à la sécrétion d’un liquide visqueux qui suinte à la surface des organes. Si l’on mêle cette humeur à d’autres liquides, ceux-ci deviennent plus ou moins lumineux. Une seule Aurélie, pressée dans 850 grammes de lait de vache, rendit ce lait si brillant, qu’on put lire une lettre à un mètre de distance.
Pline savait que les Pholades dattes[10], petits mollusques à deux valves dont nous parlerons bientôt, présentent aussi une clarté phosphorescente, qui se répand sur les lèvres des personnes qui mangent ces pauvres bêtes. Il nous apprend que cette même lueur brille sur les habits, lorsqu’ils sont mouillés par quelques gouttes du fluide phosphorescent échappé de l’animal.
Réaumur, après avoir manié quelque temps une Pholade, se lava les mains dans un vase d’eau. Ayant porté cette eau dans l’obscurité, elle répandit une lueur d’un blanc bleuâtre.