Les Poissons ne manquent pas d’intelligence.
Le Rémore, que les marins français nomment Sucet, porte sur la tête un disque ovale, à bords épais et contractiles et à fond plat, garni de plusieurs rangées de lames transversales, quelquefois denticulées. A l’aide de cette espèce de ventouse, l’animal se fixe aux corps solides sous-marins. Il s’attache quelquefois au ventre du Requin, et se met ainsi sous la protection de ce monstre, qui l’emporte avec lui et malgré lui.
Le Rémore voyage de la sorte rapidement, sans danger et sans fatigue.
LE RÉMORE OU SUCET
(Echeneis remora Linné).
Les anciens croyaient que ce bizarre poisson pouvait arrêter dans sa course le plus grand vaisseau[227]. Les rames, les voiles, les flots soulevés par la tempête, rien n’était capable de vaincre la puissance de notre petit animal. Le navire restait toujours à la place où il l’avait fixé. A la bataille d’Actium, le vaisseau d’Antoine fut retenu par cet invisible obstacle, et c’est ainsi qu’Auguste obtint la victoire et l’empire. Pline rapporte très-sérieusement cette histoire, généralement admise de son temps.
«Que les vents soufflent tant qu’ils voudront, s’écrie le naturaliste romain, que les tempêtes exercent leur rage, le petit poisson commande à leur furie et met des bornes à leur puissance[228].»
Cette fable ridicule n’était pas la seule, du reste, dont le Rémore était l’objet. L’innocente bête passait encore pour entraver le cours de la justice, pour éteindre les feux de l’amour, et pour protéger les femmes dans une situation intéressante.....
Les Raies et les Pastenagues se tiennent en embuscade pour saisir les faibles animaux qui nagent sans méfiance au-dessus de leur retraite.
Le Filou[229] demeure immobile au fond de l’eau; quand il voit un jeune poisson à sa portée, il allonge brusquement le museau, et s’empare aussitôt de l’imprudent.