Linné n’a signalé qu’une cinquantaine de ces plantes; on en connaît aujourd’hui plus de 2000. Dans les eaux de l’Angleterre seulement, on compte 105 genres et 370 espèces!

La flore marine est assez nombreuse et assez brillante dans la zone tempérée; elle diminue graduellement de richesse vers l’équateur et vers les pôles. (Schleiden.)

II

Les plantes de la mer ont souvent une taille tout à fait microscopique. Freycinet et Turrel, à bord de la corvette la Créole, ont observé, dans le voisinage de Tajo (île de Luçon), une étendue d’eau de 60 millions de mètres carrés colorée en rouge écarlate. Cette teinte provenait de la présence d’une chétive plantule, dont il faut 40 000 individus pour occuper l’espace d’un millimètre carré! Comme cette coloration s’étendait à une profondeur assez considérable, il serait impossible d’évaluer, même d’une manière approximative, le nombre de tous ces êtres vivants. (Schleiden.)

La mer Rouge présente aussi, dans certaines circonstances, une coloration analogue qui lui a valu son nom. Cette coloration est due également à une Algue microscopique. «Le 10 décembre, dit M. Ehrenberg, je vis à Tor, près du mont Sinaï, toute la baie qui forme le port de cette ville, rouge de sang. La haute mer, en dehors de l’enceinte des coraux, conservait sa couleur ordinaire. De courtes vagues apportaient sur le rivage, pendant la chaleur du jour, une matière mucilagineuse pourpre, et la déposaient sur le sable; en sorte que, dans l’espace d’une demi-heure, toute la baie, à marée basse, fut entourée d’une ceinture rouge..... Je puisai de l’eau avec des verres, que j’emportai dans ma tente. Il fut facile de reconnaître que cette coloration était due à de petits flocons à peine visibles, souvent verdâtres, quelquefois d’un vert intense, mais pour la plupart d’un rouge foncé. Toutefois l’eau dans laquelle ils nageaient était parfaitement incolore. J’observai cette matière au microscope. Les flocons étaient formés de faisceaux de filaments. Ces faisceaux avaient rarement plus de 2 millimètres de longueur; ils étaient fusiformes et contenus dans une sorte de gaîne mucilagineuse. Durant le jour ils se maintenaient à la surface de l’eau, mais pendant la nuit ils gagnaient le fond du verre; quelque temps après, ils remontaient.» Cette Algue a été désignée sous le nom de Trichodesmie rouge[11].

M. Évenot Dupont, avocat distingué de l’île Maurice, raconte, de son côté, que le 15 juillet 1843, il vit la même mer teinte en rouge aussi loin que l’œil pouvait s’étendre. Sa surface était partout couverte d’une matière fine d’un rouge de brique un peu orangé. La sciure du bois d’acajou produirait à peu près le même effet. M. Dupont fit recueillir, à l’aide d’un seau attaché au bout d’une corde, une certaine quantité de cette substance; puis, avec une cuiller, il en remplit un flacon. Le lendemain, elle était devenue d’un violet foncé, et l’eau avait pris une jolie teinte rose. Le contenu fut vidé sur un linge de coton; l’eau passa au travers, et la substance adhéra au tissu: en se séchant, elle devint verte.

M. Montagne a étudié cette matière, et constaté que c’était une petite Algue du même genre que la précédente. Il l’a nommée Trichodesmie d’Ehrenberg[12]. Cette Algue est composée de filaments articulés et juxtaposés, variant entre un dixième et un vingtième de millimètre. Le microscope y fait découvrir des cellules régulièrement soudées bout à bout, fortement pressées et un peu quadrilatères.

TRICHODESMIE D’EHRENBERG
(Trichodesmium Ehrenbergii Montagne).

D’autres plantes marines présentent au contraire une taille gigantesque. Humboldt a vu pêcher un Fucus qui avait plus de 500 mètres de longueur!