M. Sabin Berthelot pense que ces myriades de très-petits poissons, presque imperceptibles, à chair molle, gélatineuse et transparente, qui pullulent au printemps dans les environs d’Antibes et de Nice, sont peut-être le fretin des Sardines et des Anchois (?).
Les pêcheurs et les cuisiniers du pays les appellent Nonnats ou Non-nats (pas encore nés).
Risso en parle dans son Ichthyologie; il y découvre trois espèces, ni plus ni moins! Trop zélé Risso! Il a décrit plus d’un animal auquel la Nature n’avait jamais songé!..... Voici le signalement qu’il donne à l’une de ces trois miniatures de poissons: «Museau pointu; tête rougeâtre, aplatie; prunelles d’un noir de jais. Un manteau blanc s’étend sur tout son corps, et n’est relevé que par six taches rondes d’un noir d’ébène, qui descendent jusqu’à...» (Le reste est trop shocking!) Il nomme cette espèce Stolephorus Risso. Et pour qu’on ne suppose pas qu’il s’est dédié ledit poisson à lui-même, par amour-propre (le public est si malin!), notre prudent naturaliste s’empresse d’ajouter sentimentalement: «Je l’ai consacré comme un monument de la piété filiale aux mânes de mon père... La teinte de son corps est l’image de sa candeur, comme celle des taches noires est celle de mes regrets!...»
Quoi qu’il en soit, les Nonnats se plaisent dans les fonds sablonneux, à l’embouchure des rivières, et pénètrent même dans les étangs salés en communication avec la mer. A Nice, ils habitent de préférence les fonds de galets, et s’introduisent dans les vides que ces pierres roulées laissent entre elles.
La pêche de ces petits poissons est souvent si abondante, qu’ils ne se vendent que 30 centimes le demi-kilogramme. On en fait d’excellentes fritures et de délicieux ragoûts au lait (S. Berthelot).
CHAPITRE XXXVIII
LA MORUE.
Mar cuajado de peces.
(Viera.)