La Morue appartient à la famille des Gadoïdes, tribu gloutonne s’il en fut, qui, de ses yeux écartés, ne voit guère, n’en mange que mieux, et qui n’est, pour ainsi dire, qu’estomac. (Michelet.)

La fécondité de ce poisson a toujours été citée comme exemple. Leuwenhoeck a calculé qu’une seule femelle peut porter environ 9 384 000 œufs. Un autre observateur en a compté 11 millions.....

Supposez, dans le banc de Terre-Neuve seulement, cent millions de Morues femelles, et calculez le nombre effrayant de germes qu’elles produiront, même en n’admettant qu’une ponte par individu! O intarissable et merveilleuse puissance créatrice!.... Le chanoine canarien Viera pourrait bien dire, dans son style si expressif et si poétique, en parlant de la fécondité des Morues, que la mer est caillée de poissons[256].

On a réussi à élever des Morues dans des étangs en communication avec la mer. Le docteur Jonathan Franklin rapporte qu’il a visité, il y a quelques années, un de ces étangs, sur la côte ouest de l’Écosse. Les Morues s’approchaient familièrement pour happer des Moules qu’on leur présentait débarrassées de leur coquille. Elles se poussaient, se bousculaient les unes les autres, comme font les volailles dans une basse-cour, à la vue de la fermière qui leur apporte à manger. Elles venaient prendre les Moules jusque dans la main. La femme du gardien mit un de ces poissons, des plus grands, sur ses genoux, le caressa, le flatta, disant: Pauvre ami! pauvre ami! absolument comme si c’eût été un enfant. Elle lui ouvrit la bouche, et y introduisit une Moule, que le poisson avala en donnant des signes qu’il la trouvait bonne. Puis, elle le remit dans l’eau.

II

La pêche de la Morue forme la source principale des richesses de Granville, Saint-Malo, Saint-Brieuc, dans les départements de la Manche, de l’Ille-et-Vilaine et des Côtes-du-Nord.

Les Anglais et les Américains se livrent à cette lucrative industrie avec la même ardeur que les Français.

C’est principalement sur le banc de Terre-Neuve qu’on va chercher ce précieux poisson.

La Morue y arrive au printemps.

La quantité des poissons qui s’y rassemblent est vraiment phénoménale. Il y a plus de trois siècles que toutes les nations du monde s’y donnent rendez-vous, y viennent prendre des chargements considérables, et l’on n’y a pas encore constaté de diminution sensible.