Nous ne connaissons pas d’Oiseaux qui représentent mieux la grande tribu des Palmipèdes que les Goëlands.
Parmi ceux-ci, on pourrait regarder comme type principal le Goëland argenté[262], si commun dans les mers du Nord.
Ce bel Oiseau est de la taille d’une Corneille, mais il a des ailes plus longues et plus effilées. Son corps paraît bien pris, ni trop massif, ni trop élancé. Il porte un manteau uniforme, d’un cendré clair, légèrement bleuâtre. Les extrémités de ses ailes sont de velours noir, avec des pointes d’un blanc de neige. Sa tête présente des yeux d’un jaune pâle (ce qui ne les empêche pas d’être expressifs), et un bec robuste couleur d’ocre, avec une tache de corail à l’angle inférieur. Les pieds sont couleur de chair un peu grisâtre.
GOËLAND A MANTEAU GRIS
(Larus argentatus Brünnich).
Ce Goëland est défiant et farouche, cependant on l’apprivoise avec facilité. Il tient la tête haute, un peu ramenée en arrière, et la gorge légèrement renflée, ce qui lui donne un air d’importance, moins caractérisé, toutefois, que celui des Canards. Tantôt il se couche doucement et paresseusement sur le sable, au soleil, les yeux demi-fermés ou fixés sur la mer, dans la situation d’une Poule sur ses œufs, ou bien les ailes à moitié ouvertes, écartées, pendantes, comme une Perdrix sur ses poussins; tantôt il se redresse sur un pied, cachant l’autre dans son duvet, et demeure des heures entières immobile, muet, méditatif, semblable à un Échassier à pattes courtes qui digère son repas.
Quand le Goëland argenté marche, il a de l’assurance et de la dignité; mais il ne se dandine pas. Il court assez vite. Lorsqu’il nage, il fend l’eau avec lenteur. Il plonge rarement et péniblement: on voit qu’il n’a pas l’habitude d’aller chercher sa proie au fond de l’eau.
Son vol est ferme et soutenu; il le dirige en ligne droite par des battements d’ailes énergiques et fréquents, avec des balancements légers et onduleux qui ajoutent à sa grâce sans rien ôter à sa rapidité.
IV
Les Oiseaux palmipèdes aiment en général les grands balancements de la mer et le fracas des tempêtes. Ils semblent plus rares dans les beaux temps ou plus difficiles à approcher. On dirait que l’agitation des vagues est nécessaire pour leur fournir plus aisément les Mollusques et les Poissons qui font leur nourriture, et que, dans les grandes perturbations de l’atmosphère, ils ont un plaisir instinctif particulier à lutter contre les ouragans et à se jouer des flots en courroux. (Lesson.)