CORMORAN ORDINAIRE
(Phalacrocorax carbo Cuvier).

Au commencement de ce siècle, les Cormorans étaient assez rares sur les bords de la mer Baltique. Vers 1810, plusieurs couples vinrent nicher dans la proximité de l’île de Fionie, parmi les rochers du rivage et dans les forêts. Leur nombre augmenta peu à peu. Au printemps de 1812, quatre paires de ces oiseaux se rendirent dans la terre de Neudorf, près de la ville de Leutjenbourg, et s’établirent dans un bois voisin de la mer, sur de grands hêtres qui, depuis plusieurs années, servaient de retraite à une multitude de Hérons et de Freux. Ils expulsèrent de leurs nids ces derniers oiseaux, firent deux pontes, l’une en mai et l’autre en juillet, et quittèrent la contrée en automne. Leur nombre s’élevait alors à une trentaine. Pendant le printemps de 1813 et les années suivantes, ils revinrent régulièrement. Bientôt on calcula qu’il y avait 7000 couples de nicheurs. Au mois de juin 1815, on voyait des cinquantaines de nids sur certains arbres, et les innombrables vols des Cormorans, mêlés avec les Hérons, remplissaient l’air de leurs cris sauvages. L’âcreté de leurs ordures brûlait la feuille des arbres, et les débris des poissons corrompus dont ils jonchaient le sol empoisonnaient au loin l’atmosphère. D’après les ordres du gouvernement, on leur fit la chasse. Il y eut des jours où l’on en tua jusqu’à cinq cents. Ce ne fut que l’année suivante que l’on parvint à les éloigner de la contrée. (Boje.)

Dans certaines îles, les nids des Oiseaux marins sont si rapprochés, qu’on ne saurait faire un pas sans écraser des œufs, et qu’il arrive souvent à une mère de pondre dans la couchette d’une autre mère. (Schinz.)

C’est ainsi que Naumann a trouvé un œuf d’Hirondelle de mer à longue queue[288] dans le nid d’un Huîtrier[289], et ailleurs, un œuf de ce dernier oiseau dans le nid d’un Goëland. Cependant chaque couveuse reconnaît ses propres œufs et ne s’y trompe jamais. Ce que nous croirions impossible, si l’instinct des animaux ne nous avait pas habitués à des miracles.

III

La plupart des œufs, chez les Oiseaux marins, ont un gros et un petit bout, et ressemblent, à cet égard, aux œufs de la Poule. Ceux des Cormorans sont plus allongés et paraissent avoir deux petits bouts. Ceux de quelques Manchots sont tout à fait ronds.

Les œufs des Cormorans sont assez petits relativement à la taille de l’oiseau. Ceux des Guillemots sont au contraire assez grands. Celui du Guillemot à capuchon est plus gros que l’œuf de l’Oie; l’oiseau est un peu plus petit que le Pigeon ramier.

Le Pingouin brachyptère, ou grand Pingouin, est l’oiseau d’Europe qui donne l’œuf le plus volumineux. Cet œuf, très-recherché par les amateurs, devient chaque jour plus rare. On le paye aujourd’hui de 500 à 800 francs.

GRAND PINGOUIN
(Pinguinus impennis Ch. Bonaparte).