Cet attachement pour les œufs pousse les Oiseaux à s’accroupir sur ces bizarres produits et à les échauffer..... Ils pressent ces cailloux contre leur cœur (Michelet).

Les parents qui couvent pour la première fois savent-ils quels seront les résultats de leur incubation? L’instinct est encore ici leur directeur et leur mobile. Aussi voit-on souvent des femelles et même des mâles (ce qui est plus étonnant), quand ils couvent, oublier le boire et le manger. Tant est grand l’amour de l’œuf.

Pendant que la femelle de l’Hirondelle de mer fuligineuse couve, son mâle arrive de temps en temps et vient se reposer près du nid. Là il dégorge quelque petit poisson à portée de sa compagne. Il regarde ensuite cette dernière. Les deux époux se font plusieurs inclinations de tête, souvent singulières, par lesquelles très-probablement ils se témoignent l’un à l’autre leur tendre affection et leur doux contentement. (Audubon.)

V

Le développement de l’œuf n’est plus un mystère. Si l’on brise délicatement la coque d’un certain nombre d’œufs aux différentes époques de l’incubation, on peut assister aux diverses phases de l’évolution du nouvel être.

Au moment de l’incubation, on voit sous la coquille protectrice une membrane extérieure enveloppant une épaisse couche d’albumine. Au milieu est suspendu par les chalazes le jaune ou vitellus. A la partie supérieure du jaune se trouve le germe; il est blanchâtre et composé de deux feuillets: le supérieur deviendra les organes de la vie animale; l’inférieur produira ceux de la vie végétative; une couche intermédiaire formera le cœur et les principaux vaisseaux.

Plus tard, le centre du germe est divisé par une ligne médiane transparente en deux moitiés latérales symétriques. Ce sont là les premiers linéaments de l’embryon. Puis les contours du crâne se dessinent, les vertèbres s’accusent; les légers battements du cœur apparaissent; le sang, d’abord clair et transparent, se colore; et la respiration, devenue insuffisante dans le réseau vasculaire du jaune, passe dans un poumon transitoire qui se déploie sous la coque.

L’animal croît alors rapidement. Les tiges des plumes germent en grand nombre; les écailles des pieds et les ongles se montrent. L’œil est grand et complet; le squelette prend, par l’ossification, de la consistance et de la solidité. Le corps tout entier se porte alors de l’axe transversal de l’œuf dans son axe longitudinal, la tête repliée contre la poitrine et cachée sous l’aile.

L’oiseau, ainsi constitué, déchire la membrane de la coque, pénètre dans la chambre à air; et, plus à l’aise dans sa prison, il attaque la coquille à l’aide du petit corps dur transitoirement placé sur l’extrémité du bec, la brise, et naît enfin au monde extérieur[292].