Le corps de la Baleine franche est un cylindre colossal et irrégulier, dont le petit diamètre égale à peu près la troisième partie du plus grand.

Ce corps «n’ha ny poil, ny escailles, mais est couvert d’un cuir uny, noir, dur et espez, soubz lequel y a du lard environ l’espesseur d’un grand pied.» (Belon.)

La peau de ce géant de la mer offre cependant quelques poils, surtout chez les jeunes sujets.

Sa tête égale en grosseur presque le tiers du volume total; elle a une forme arquée. On voit de loin cette tête colossale s’élever au-dessus de la mer, comme un monticule d’un brun noir.

II

Sa gueule est d’une grandeur prodigieuse, d’une capacité si grande, que dans celle d’un individu de 24 mètres de longueur, pris en 1726 au cap Hourdel, dans la baie de la Somme, deux hommes pouvaient entrer sans se baisser. (Duhamel.)

Sa mâchoire supérieure porte environ sept cents lames verticales, de nature cornée, à bords frangés, qui pendent des deux côtés. Ces lames, connues dans la science sous le nom de fanons, et dans le commerce sous celui de baleines, sont longues de 4 à 5 mètres.

Sa langue est monstrueuse. On assure qu’elle atteint jusqu’à 8 mètres de longueur et jusqu’à 4 de largeur. Elle fournit à elle seule cinq ou six barils d’huile. A proprement parler, ce n’est plus une vraie langue, mais un gros matelas épais, mou, tout rembourré de graisse, étalé sur le plancher buccal. Ce matelas est collé dans toute son étendue, et par conséquent immobile. On a de la peine à concevoir une langue qui ne peut pas sortir de la bouche!

La Baleine se nourrit de Méduses, de Mollusques et d’autres petits animaux marins. Ces pauvres bêtes sont entraînées avec la masse d’eau qui les contient. Le monstre nage à la surface de la mer, la gueule ouverte. Il n’a qu’à fermer les mâchoires pour retenir des populations entières. L’eau, tamisée à travers les filets des fanons (véritable forêt de fibres rapprochées), y laisse les malheureux petits animaux. Chaque repas en détruit plusieurs milliers.

Les gros mangent les petits. C’est la Nature qui le veut. Et, quelquefois, comme dans le cas actuel, les très-gros mangent les très-petits. Car les bestioles englouties par le colosse des colosses n’ont guère, en moyenne, que 2 ou 3 centimètres de longueur..... Mais le nombre des individus avalés compense, et bien au delà, l’exiguïté de leur taille. On a vu ailleurs que ces petits habitants de l’eau salée se multiplient par millions. Si leur destruction ne portait pas remède à leur fécondité, il arriverait qu’en fort peu de générations, ils encombreraient l’Océan et finiraient par le corrompre ou par le solidifier!