«Dans l’année 1802, dit Scoresby, le capitaine Lyons, faisant la pêche sur les côtes du Labrador, aperçut assez près de son bâtiment une grande Baleine. Il envoya aussitôt quatre canots à sa poursuite. Deux de ces canots abordèrent l’animal en même temps, et plantèrent leur harpon. La Baleine frappée plongea, mais revint bientôt à la surface, et, ressortant dans la direction du troisième canot, qui avait cherché à prendre l’avance, elle le lança en l’air comme une bombe. Le canot fut porté à plus de 5 mètres, et, s’étant retourné par l’effet du choc, il retomba la quille en haut. Les hommes s’accrochèrent à un autre canot qui était à portée; un seul fut noyé.»

Quand la Baleine est revenue sur l’eau, on la frappe avec un second et même un troisième harpon. Puis on l’attaque à coups de lance.

Dès que le monstre a cessé de vivre, on le traîne vers le bâtiment, on l’amarre le long du bord, et l’on procède au dépeçage.

On enlève d’abord les parties grasses de la tête, les lippes, la gorge avec la langue, l’os de la mâchoire supérieure et les fanons; puis on trace une bande de lard d’environ 1m,50 de largeur, que l’on détache et que l’on hisse au moyen de palans, en déroulant la Baleine[309]. (On peut se représenter l’opération en pelant une poire en spirale, du gros bout vers la queue.)

Lorsque la bande est hissée jusqu’au haut, on fait, à l’aide d’un couteau à deux mains, une incision longitudinale dans la bande; on y introduit l’estrope du second palan que l’on fixe au moyen d’un morceau de bois en travers. On coupe alors la bande un peu au-dessus de l’incision, et l’on continue à hisser. Le morceau ainsi obtenu est descendu dans l’entrepont, où il sera coupé en petits morceaux pour être fondu.

Pour dépecer la bande de lard, deux officiers baleiniers se placent en dehors du navire, sur de petits échafauds. Celui qui se trouve sur l’avant trace la bande sur le corps de la Baleine; celui de l’arrière aide au décollement des chairs. (L. Hautefeuille.)

Puis, on abandonne sa chair aux Oiseaux aquatiques, aux Phoques et aux Ours.

La pêche de la Baleine peut offrir des dangers encore plus grands que ceux qui viennent d’être signalés.

On rapporte qu’un navire américain, l’Essex, se trouvant, le 13 novembre 1820, dans la mer du Sud, aperçut un certain nombre de Baleines, vers lesquelles il se dirigea. Arrivé au milieu de ces animaux, il mit, suivant la coutume, les canots à la mer. La petite flottille s’avançait rapidement, et le navire la suivait de près. Tout à coup la plus grosse Baleine se détacha du groupe (qui semblait former une famille), et, dédaignant les embarcations, s’élança droit sur le vaisseau, qu’elle prit sans doute, et non sans raison, pour le chef de ses ennemis. Du premier choc, elle fracassa une partie de la fausse quille, et elle s’efforça ensuite de saisir le navire en divers endroits avec ses gigantesques mâchoires. Elle ne put y réussir; elle s’éloigna d’environ 200 mètres, et revint frapper de toute sa force contre la proue du bâtiment. Le navire recula avec une vitesse de quatre nœuds par seconde. Il en résulta une vague très-haute. La mer entra dans l’Essex par les fenêtres de l’arrière, en remplit la coque, et le fit coucher de côté. Vainement les canots arrivèrent pour sauver le navire, il n’était plus temps. Tout ce qu’on put faire, fut, en enfonçant le pont, d’extraire une petite quantité de pain et d’eau, que l’on déposa dans les embarcations (?).