ACÉTABULE MARINE
(Acetabulum mediterraneum Lamarck).

Delile a laissé parmi ses papiers une monographie inédite de ce bizarre végétal. M. Woronine vient de publier une excellente étude sur son organisation.

«Les tiges grandissent par le sommet, et produisent plusieurs verticilles successifs de rameaux confervoïdes. Les inférieurs périssent, étant caducs, et leurs points d’attache s’oblitèrent. De nouveaux verticilles supérieurs continuent de croître. Il arrive un degré auquel il semble qu’une soudure de tubes verticillés forme un bouton circulaire, véritable disque ou plateau celluleux à compartiments rayonnants. Ce plateau, d’abord demi-transparent, s’élargit jusqu’à maturité. Les verticilles confervoïdes inférieurs subsistent quelquefois par fragments, ou laissent des traces annulaires, tandis qu’une houppe de ramifications flottantes s’allonge au milieu du plateau.» (Delile.)

Quelquefois on rencontre deux chapeaux l’un au-dessus de l’autre. (Woronine.)

VI

Les plantes pélagiennes ne produisent ni calice, ni corolle; elles n’ont ni vraies étamines, ni vrais pistils: mais, par une merveilleuse compensation, ainsi qu’on le verra dans les chapitres suivants, beaucoup d’animaux de la mer sont organisés et quelquefois groupés comme de véritables fleurs!..... Bizarre élément, où le règne animal fleurit, et où le règne végétal ne fleurit pas!

Pendant longtemps les botanistes ont ignoré le mode générateur des végétaux de l’Océan. Ils les rangeaient parmi les plantes à noces cachées (Cryptogames). On sait aujourd’hui que les Algues se reproduisent par le moyen de corpuscules, les uns mâles, les autres femelles, souvent doués d’une mobilité singulière. Si les animaux marins ont emprunté aux végétaux terrestres la forme de leurs fleurs, les végétaux marins, à leur tour, ont pris aux animaux une partie de leur locomotion!

En 1793, Girod-Chantrans signala, le premier, mais sans bien s’en rendre compte, une sorte de mouvement spontané dans la matière granuleuse verte de certaines Algues. Il considérait mal à propos cette matière comme une agglomération d’animalcules analogues à ceux des Polypiers[21].

En 1817, Bory de Saint-Vincent découvrit d’une manière certaine, et démontra de la façon la plus évidente, la faculté locomotile des granulations dont il s’agit. Ses observations furent confirmées par Gaillon, à Paris, et par Agardh, à Stockholm. Les études plus récentes de MM. Derbès et Solier, et surtout de MM. Thuret et Pringsheim, ont jeté le plus grand jour sur la propagation des végétaux marins.