Notre Mammifère, comme on le voit, n’offre rien qui permette de l’assimiler sérieusement au Cheval, à la Vache ou bien à l’Éléphant.
Quand le temps est beau, on voit quelquefois des centaines de Morses qui se jouent, en faisant retentir l’air de leurs mugissements, lesquels ressemblent aux beuglements du taureau; d’autres sont paresseusement couchés au soleil. Quand ils dorment, il y a toujours une sentinelle vigilante, l’œil ouvert, le cou tendu, qui avertit la troupe s’il survient quelque danger.
On a élevé plusieurs fois des Morses dans le nord de l’Europe. On leur donnait de la bouillie d’avoine ou de millet.
Il y a plusieurs années, on a réussi à en conduire un jusqu’à Londres; mais il n’y a vécu que quelques jours. On le nourrissait avec des Crabes; ce qui lui convenait mieux que l’avoine ou le millet.
On a montré, pendant quelque temps, en Angleterre, un autre individu âgé de trois mois. Il se mettait en colère toutes les fois qu’on voulait le toucher; il entrait même en fureur. La seule chose que l’éducation avait pu obtenir de lui, était de suivre son maître en grondant, quand celui-ci lui offrait à manger. (E. Worst.)
On s’accorde à dire que le Morse a moins d’intelligence et de douceur que le Phoque. Cependant il n’est pas féroce, il n’attaque pas l’Homme, mais il se défend avec un indomptable courage. Quand on le poursuit au large, il faut prendre beaucoup de précautions; car il arrive souvent que toute une troupe de Morses se jette audacieusement sur les embarcations, les entoure et cherche à les submerger.
II
Le capitaine Buchanan soutint un jour un combat, un véritable combat, contre des Morses. C’était en 1818, dans les parages du Spitzberg.
L’équipage avait aperçu, le soir, un grand nombre de ces animaux qui se dirigeaient vers un plateau de glace. Des embarcations furent aussitôt équipées pour les poursuivre. Le premier troupeau prit la fuite; mais le second se groupa sur le plateau avec une telle impétuosité, qu’il dérangea le plan de bataille des marins, et les empêcha d’intercepter leur marche. Les Morses étaient nombreux, et le combat s’annonçait avec des apparences très-sérieuses. Aux premiers coups de feu, ils s’élancèrent contre les marins, grognant, beuglant avec colère, saisissant les bords des embarcations avec leurs longues dents ou les frappant avec leur tête. Dans cette lutte violente, et périlleuse pour l’équipage, les Morses étaient conduits et comme commandés par un individu, un mâle, plus grand et plus terrible que ses frères. Ce fut sur celui-ci, principalement, que les matelots dirigèrent leurs coups. Mais il recevait les atteintes de leurs massues sans fléchir, et les lances, malheureusement peu aiguisées, ne pouvaient pénétrer dans sa rude cuirasse. Le troupeau était si nombreux, et ses attaques étaient si vives et si réitérées, que les matelots n’avaient pas le temps de charger leurs grosses carabines. Par bonheur, le commis aux vivres avait son fusil prêt; il visa adroitement le chef Morse et lui envoya ses balles dans les entrailles. L’animal tomba sur le dos, au milieu de ses compagnons. Ceux-ci abandonnèrent à l’instant même le champ de bataille, se rassemblèrent autour de leur général, et le soutinrent à la surface de l’eau avec leurs formidables dents. Probablement ils agissaient ainsi par une sagacité naturelle, pour l’empêcher de suffoquer. (Buchanan.)
On raconte que des pêcheurs, ayant découvert, également au Spitzberg, un petit Morse dans une caverne au bord de la mer, s’en emparèrent et le mirent dans un bateau. Le père et la mère, furieux de ne plus trouver leur nourrisson, poursuivirent l’embarcation, et l’un d’eux, l’ayant accrochée avec ses défenses, la fit tellement pencher, qu’un des pêcheurs glissa dans la mer. L’autre Morse se jeta sur lui avec acharnement, et il fut impossible aux autres pêcheurs de sauver le malheureux.