Dans une autre circonstance, toujours au Spitzberg, une chaloupe attaqua un mâle et une femelle. Cette dernière fut blessée pendant qu’elle allaitait son petit, attaché à sa poitrine. Le mâle, pour se venger, donna une forte secousse au bateau. La femelle serra étroitement son nourrisson sous sa nageoire gauche, et se dirigea, malgré ses blessures, vers un plateau de glace. (Elle avait trois lances enfoncées dans la poitrine.) Arrivée là, elle y déposa son petit. Mais, celui-ci, à l’instant même, s’en revint vers l’embarcation avec une telle rage, qu’il l’eût certainement fait chavirer, s’il en avait eu la force. Il reçut une blessure à la tête, et retourna vers sa mère, qui se traînait péniblement de glaçon en glaçon. Le mâle, redoutant une nouvelle attaque, prit sa malheureuse compagne avec les dents, et l’entraîna dans l’eau jusqu’à ce qu’elle fût hors d’atteinte. (Buchanan.)
MORSE ET SES PETITS
(Trichechus rosmarus Linné).
III
La chasse au Morse est facile et productive.
Généralement, ces pauvres bêtes se laissent tuer sans montrer beaucoup de ruse à fuir les assaillants. Un bateau pêcheur en prend d’ordinaire deux à trois cents par saison. En 1608, l’équipage de Welden en tua plus de mille sur les côtes de l’île Cherry. Au rapport de Gmelin, les Anglais en prirent, en 1705 et 1706, sept à huit cents dans six heures; en 1708, neuf cents dans sept heures, et en 1710, huit cents dans une semaine. On assure que, chaque année, dans les mers du Nord, on en détruit près de trois à quatre mille.
Quand un Morse, surpris à terre, se sent blessé, il entre dans une colère effrayante. Il brise les armes du chasseur imprudent, ou bien les lui arrache. S’il ne peut pas atteindre l’ennemi, il frappe le sol de côté et d’autre avec ses défenses. Poussé à bout et comme enragé, il met sa tête entre ses nageoires, et, profitant de la pente du rivage, il se laisse rouler dans la mer. Si on l’attaque dans l’eau, il se défend avec fureur.
IV
Comme les Phoques, les Morses fournissent une certaine quantité d’huile.