(Malherbe.)

A l’apparition d’un Ours en Islande, les insulaires alarmés se rassemblent pour combattre le redoutable carnassier et pour sauver le bétail. Ce sont les côtes du Groenland qui sont le plus exposées aux invasions de ces déprédateurs. Le capitaine Scoresby en vit dans ces parages un si grand nombre, qu’il compare leurs réunions à des troupeaux de moutons.

II

Il y a quelques années, trois jeunes chasseurs passant ensemble l’hiver au Labrador laissèrent leur cabane pour aller visiter des piéges tendus dans la forêt. A leur retour, ils furent étonnés de trouver leur porte arrachée et jetée sur la neige. Ils crurent d’abord que quelque voisin, mauvais plaisant, avait voulu leur jouer un tour pendant leur absence. Tout avait été bouleversé: le poêle et son tuyau étaient par terre, l’armoire vidée, la provision de lard pillée; le sac de farine avait disparu; il manquait encore une tasse de fer-blanc, un paletot et une paire de bottes..... Il y avait eu vol avec effraction. Nos trois jeunes gens se mettent en quête du voleur ou des voleurs..... On cherche, et l’on découvre que tout le dégât avait été causé par deux Ours blancs. A peu de distance de la cabane était le sac vidé et déchiré; un peu plus loin gisait la tasse, portant l’empreinte de fortes dents... Quant au paletot, à la paire de bottes, les gaillards les avaient emportés! (Ferland.)

III

En général, les Ours blancs n’attaquent pas l’Homme, à moins qu’ils ne soient affamés; ils évitent même ordinairement sa rencontre. Mais, lorsqu’on les provoque et qu’on les met dans la nécessité de se défendre, le combat n’est pas sans danger pour les assaillants. A cause de cela, les Ours sont très-redoutés par les petites embarcations qui cherchent à leur donner la chasse. On assure, toutefois, que ces animaux sont moins courageux qu’on ne serait tenté de le croire, et qu’ils désertent vite le champ de bataille lorsqu’ils se sentent blessés.

Un baleinier se trouvait bloqué par les glaces dans le détroit de Davis, sur les côtes du Labrador. Un Ours blanc s’approcha du navire à la distance de quelques mètres. Un matelot fut tenté de s’en emparer tout seul, pendant que ses compagnons étaient encore à table. Il descendit sur la glace, armé d’une pique; il courut sur l’animal. Celui-ci ne recula point, désarma son faible adversaire, le saisit par le milieu du dos avec les dents, et l’entraîna si rapidement, qu’il fut impossible de lui porter secours.

Un autre baleinier arrêté sur les côtes du Groenland était amarré à un bloc de glace. Il découvrit au loin un Ours énorme occupé à guetter des Phoques. Un matelot, dont le courage était exalté par une forte dose de rhum, forma le projet d’aller attaquer le redoutable animal. Aucune remontrance ne put calmer son ardeur belliqueuse. Il part sans autre arme qu’un harpon, traverse les neiges, et, après une course d’une demi-heure, harassé et commençant à reprendre son sang-froid, il se trouve devant l’ennemi, lequel, à sa grande surprise, n’est nullement intimidé, et l’attend de pied ferme. L’effet du rhum s’affaiblissait, et l’Ours était si grand, et son regard annonçait tant d’assurance!..... Le matelot fut sur le point de renoncer à l’offensive. Il s’arrête, préparant son arme. L’Ours ne bougeait point. Le marin essaye de se donner du courage, excité surtout par la crainte des railleries dont ses camarades ne manqueraient pas de l’accabler. Mais, tandis qu’il songeait aux moyens de commencer le combat, l’Ours, moins préoccupé que son adversaire, se met en mouvement, et semble vouloir attaquer le premier. Cette fois, la valeur du matelot s’évanouit, et la honte d’une retraite ne peut le retenir: il prend la fuite. L’Ours le poursuit. Accoutumé aux courses sur la neige et sur la glace, l’animal gagnait continuellement du terrain sur l’imprudent matelot, et la terreur de celui-ci était au comble. L’arme qu’il portait encore n’était qu’un poids inutile, un embarras de plus; il la jette afin de courir plus lestement. L’Ours aperçoit cet objet, le flaire, le soumet à l’épreuve de ses pattes et de ses dents, et, en perdant ainsi quelques minutes, il donne au fuyard un répit dont il profite de son mieux. Enfin, l’Ours abandonne le harpon et reprend sa course. Le matelot, se sentant près d’être atteint, cherche encore quelque autre moyen de distraire et d’arrêter son terrible ennemi, il lui jette une de ses mitaines. Ce fut assez pour occuper pendant quelques minutes l’insouciant et curieux animal, et ce retard vint très à propos, car les forces du pauvre matelot étaient presque épuisées. L’Ours ayant laissé l’objet de sa distraction pour continuer sa poursuite, le fugitif fit le sacrifice de son autre mitaine; il en vint ensuite à son chapeau.

L’équipage, qui assistait de loin à cette comédie, vit enfin qu’elle devenait trop sérieuse, que l’irritation du carnassier se montrait de plus en plus menaçante, et que le malheureux matelot allait succomber. Une troupe vint arrêter l’impétuosité de la poursuite et protéger le pauvre fuyard aussi tremblant qu’épuisé de fatigue. A l’aspect de ses nouveaux et nombreux adversaires, l’Ours fit d’abord mine de se battre; mais, ayant été blessé, il reconnut habilement qu’une honorable retraite était le seul parti convenable. Il mit bientôt entre les poursuivants et lui un espace de neiges et de glaces raboteuses que les matelots n’osèrent pas franchir. (Mag. pittor.)

IV