Bientôt elles augmentent de volume; en même temps la membrane enveloppante (épispore) commence à se dissoudre à la partie supérieure, et l’on s’aperçoit alors (fig. 1) que les spores sont encore revêtues d’une troisième membrane extrêmement délicate. La portion inférieure de l’épispore, qui ne s’est pas dissoute, se replie sur elle-même pour livrer passage aux spores (fig. 2), s’en sépare complétement et ne tient plus que par sa base à la membrane interne (fig. 3); enfin, cette dernière se brise et laisse échapper les spores (fig. 4). Tous ces phénomènes s’accomplissent en moins d’une heure. Les spores libres sont parfaitement rondes, d’un jaune olivâtre, absolument dépourvues de tégument; c’est à ce moment que l’action des anthérozoïdes (fig. A) devra intervenir pour féconder la spore dégagée de ses enveloppes. Il suffit pour cela que quelques anthéridies soient mélangées à l’eau qui contient les corps reproducteurs. Sous l’influence de l’humidité, les anthérozoïdes se dégagent de leur anthéridie (fig. a), entourent la spore, s’attachent à sa surface (fig. 5), et, au moyen de leurs cils locomoteurs, lui communiquent un mouvement de rotation très-vif. Peu à peu ce mouvement se ralentit, et au bout d’une demi-heure il a entièrement cessé. Quelques heures après, la spore se revêt d’une membrane; plus tard encore une cloison apparaît, qui la divise en deux cellules (fig. 6). En même temps (fig. 7) se montre un petit épaississement qui continue à s’allonger, et finit par se convertir en un filament transparent, dépourvu de matière verte, et ne renfermant que quelques grains jaunâtres à son extrémité. Bientôt plusieurs de ces radicules naissent à la base de la spore, et servent à fixer la jeune fronde (fig. 7, 8, 9, 10). Celle-ci, dont les cellules ont continué à se multiplier par la production de nouvelles cloisons dans les cellules déjà existantes, s’allonge peu à peu en une petite expansion de forme obovale et de couleur brune (fig. 11, 12). La jeune fronde est maintenant formée; elle présente déjà, en plus petit, il est vrai, les organes fondamentaux de la plante mère. Encore quelques jours, elle aura acquis son entier développement, et sera capable à son tour de reproduire des individus semblables à elle-même.

VII

Chaque marée, et surtout chaque ouragan accumule sur les côtes occidentales de l’Europe d’énormes monceaux de Varecs ou Goëmons. On les recueille et on les transporte dans les champs pour y servir d’engrais. Les pauvres gens les font sécher, c’est là leur combustible. D’autres fois on prépare avec ces plantes marines la soude de Varec, ou soude naturelle. Les Goëmons couvrent la plage et les rochers submergés. Ils forment sur le sable de longues traînées flexueuses indiquant la limite atteinte par la vague. Les principaux sont le Vraigin, ou Varec à nœuds[23], renflé d’espace en espace de vésicules pleines d’air; le Craquet, ou Varec vésiculeux, caractérisé aussi par de petites outres semblables à des pois; et le Vraiplat, ou Varec dentelé[24], dont les lanières ont les bords découpés en scie et la surface parsemée de petits enfoncements. On exploite aussi le Varec à siliques[25], qui porte des capsules allongées et comprimées, marquées de cloisons transversales, comme les fruits des choux et des navets.

VAREC VÉSICULEUX.
(Fucus vesiculosus Linné).

Dans certaines baies il y a jusqu’à 30 000 personnes qui accourent sur la grève pour ramasser les Goëmons que la mer a jetés, ou pour couper ceux qui végètent sur les rochers. Comme dans cette sorte de récolte... ou de pillage, les plus riches, qui disposent de nombreux attelages et de beaucoup de bras, seraient toujours les mieux partagés, les prêtres catholiques du moyen âge avaient établi une coutume aussi ingénieuse que noble. C’était de n’admettre, le premier jour, à la récolte du Varec, que les habitants peu aisés de la paroisse. Ceux-ci empruntaient à leurs voisins des charrettes et des chevaux, et parvenaient ainsi à faire une bonne récolte. Dans le Finistère, où les mœurs antiques sont en partie conservées, cet usage se retrouve encore: le premier jour de la coupe du Goëmon s’y appelle le jour du pauvre. Le prêtre vient à la grève dès le matin, et si un riche se présente pour récolter:—«Laissez les pauvres gens ramasser leur pain», dit le recteur. Et le riche se retire. (Mag. pittor.)

Les ouvriers qui se livrent à la fabrication de la soude de Varec sont appelés barilleurs ou soudiers, aux environs de Brest et de Cherbourg.

Les barilleurs se rendent dans les lieux les plus favorables par groupes de six hommes, et construisent au centre de l’espace qu’ils veulent exploiter une sorte de cabane dans laquelle ils se retirent pour passer la nuit. Quand la mer est basse, les ouvriers se dispersent sur les rochers, arrachent les Varecs et en forment de grands tas. Ils transportent ceux-ci vers un endroit déterminé du rivage, soit en les faisant flotter, soit avec des civières, soit tout simplement sur leur dos. Ils les étalent sur la grève, au soleil. Quand la dessiccation est suffisante, ils les empilent dans des fours formés de quatre pierres plates disposées en rectangle, et y mettent le feu. La combustion s’opère lentement en répandant une fumée abondante des plus désagréables. Les Goëmons, constamment remués avec une barre de fer, développent une forte chaleur; les cendres subissent une sorte de vitrification, et se prennent en masse: c’est cette matière qui constitue la soude de Varec.

Anciennement, dans les seules îles Orkneys, 20 000 hommes étaient occupés toute l’année à ramasser des Fucus et à les brûler. Aujourd’hui, dans ces mêmes îles, l’industrie de la soude a été remplacée par celle de l’iode, laquelle est bien loin de donner les mêmes avantages. (L. Wraxall.)