II

On connaît plus de trois cents espèces d’Éponges. Il y en a de pédiculées et de non pédiculées, de foliacées, de globuleuses, de concaves, de fistuleuses, de digitées. Cette variété de formes nous explique les noms plus ou moins singuliers qui leur ont été donnés par les marins: la Plume, l’Éventail, la Cloche, la Corbeille, le Calice, la Lyre, la Trompette, la Quenouille, la Corne d’élan, le Pied de lion, la Patte d’oie, la Queue de paon, le Gant de Neptune....

La Nature a mis autant de soin à organiser les plus humbles habitants des eaux que les êtres qui appartiennent aux ordres les plus élevés de la création.

L’Éponge usuelle est une masse irrégulièrement arrondie, souvent un peu concave en dessus. Quand on examine à la loupe son tissu, on le trouve composé de fibres fines, flexibles, entrelacées, formant un grand nombre d’orifices, les uns très-petits (pores), et répandus en grand nombre sur toute la surface de l’Éponge, les autres beaucoup plus grands (oscules), et généralement situés à la partie supérieure.

Dans l’intérieur, des conduits irréguliers de toutes les dimensions s’abouchent les uns dans les autres, et font communiquer les pores et les ostioles.

Le tissu est comme feutré de corps durs, appelés spicules, calcaires ou siliceux, effilés comme des navettes étroites, simples ou divisées en deux ou trois branches.

A l’état vivant, cette masse est recouverte d’une couche muqueuse, qui coule gluante quand on retire le Polypier de l’eau.

GANT DE NEPTUNE.

Pendant la vie de l’Éponge, on voit sortir de chaque cellule ou de chaque Polype un torrent d’eau impétueux, sorte de fontaine vivante qui semble ne s’arrêter jamais. Pauvres petites bêtes qui reçoivent leur nourriture du flot qui les baigne, qui aspirent et expirent l’onde amère toute leur vie, et qui ne savent pas ce qui se passe à 2 millimètres de leur bouche!