Le Corail est donc, comme on l’a dit avec justesse, animal (ou animaux) en dehors et rocher en dedans.

M. Lacaze-Duthiers a étudié tout récemment la reproduction du Corail. Il est arrivé à des résultats extrêmement intéressants. Suivant ce savant zoologiste, les individus de la colonie sont tantôt mâles, tantôt femelles, tantôt hermaphrodites. Ordinairement les Polypes d’un sexe l’emportent en nombre, dans une même branche, sur ceux d’un autre sexe. Ainsi, tel rameau présente presque exclusivement des mâles, et tel autre des femelles. Quant aux hermaphrodites, ils semblent les moins nombreux.

On trouve dans le règne végétal des plantes dites polygames, qui offrent dans la distribution de leurs fleurs mâles, femelles ou hermaphrodites, un arrangement analogue: l’Épinard d’Espagne est dans ce cas. Qui aurait pu soupçonner un rapport physiologique quelconque entre le Corail et l’Épinard?

Les œufs du Corail ont des pédicules longs et grêles; ils font saillie à l’extérieur des lames minces qui se trouvent dans le sac digestif. Ils sont sphériques, opaques et d’un blanc de lait. Ils se détachent par la rupture de leur support, et tombent dans la cavité générale, cavité qui sert tout à la fois d’estomac et de poche incubatrice, dans l’intérieur de laquelle deux matières bien différentes peuvent, à côté l’une de l’autre, la première se dissoudre et servir à l’entretien de l’animal, la seconde se développer et produire un être nouveau! (Lacaze-Duthiers.)

Les œufs s’allongent et se revêtent de cils vibratiles. Dès qu’ils sont pondus (ou, pour mieux dire, vomis), ils se creusent d’une cavité qui s’ouvre au dehors par un pore destiné à devenir la bouche. Alors ils prennent la forme d’un petit ver blanchâtre et demi-transparent; ces larves nagent en tous sens avec une assez grande agilité, en se détournant quand elles se rencontrent. Elles montent et descendent dans les vases qui les contiennent, portant toujours en avant leur grosse extrémité ou leur base, tandis que leur bouche est en arrière. De là vient, lorsqu’elles trouvent des obstacles, qu’elles buttent contre eux. Elles ont une tendance à s’accoler, puis à adhérer, et cela d’autant plus, que leur genre de progression favorise leur contact en les poussant contre les objets. Ainsi, ce sont les mouvements mêmes qui semblent destinés à faire cesser cette période de liberté, en facilitant l’adhérence de la partie du corps qui répondra plus tard à la base du Polype. (Lacaze-Duthiers.)

Arrive bientôt le moment où les larves vont se fixer. L’animal abandonne sa forme de ver; il s’étale, pour ainsi dire, et perd en hauteur ce qu’il gagne en largeur: il se raccourcit et devient comme discoïde. L’extrémité la plus effilée, celle qui porte la bouche, rentre dans le tissu, et, en s’enfonçant au milieu du disque, elle s’entoure d’un bourrelet circulaire (Lacaze-Duthiers). Sur ce bourrelet, naissent les rudiments des huit tentacules, qui se couvrent bientôt de festons latéraux.

Ce premier Polype fixé devient le fondateur d’une grande colonie arborisée. Des gemmes ou bourgeons se forment sur ses axes, et produisent, en se développant, tout un petit peuple de Coraux[50].

Chez les animaux adhérents, les larves sont mobiles. C’est une loi générale! Les jeunes Polypes, au sortir de l’œuf, diffèrent presque en tout de leurs parents. Ils doivent subir des métamorphoses pour arriver à l’état parfait, mais des métamorphoses inverses, à certains égards, de celles des Insectes. Chez ces derniers, la chrysalide, qui est immobile, se change en Papillon qui vole. Chez les Coraux, la larve, qui nage, se transforme en Polype qui adhère!... Il n’y a peut-être pas dans la Nature une loi qui, renversée, ne devienne une autre loi.

II