D’après ce que l’on vient de voir sur la nature des Coraux, on peut en conclure que ces Polypiers ressemblent plus à des plantes qu’à des animaux. C’est à cause de cela qu’on les a souvent désignés sous le nom de Zoophytes, c’est-à-dire animaux-plantes, dénomination appliquée plus tard, par extension, à un grand nombre d’Invertébrés marins.
Cette structure remarquable établit entre les deux règnes organiques les rapports les plus curieux. Nous trouvons dans ces animaux, comme dans les végétaux, une tige, des branches et des rameaux recouverts d’une véritable écorce. Leurs axes sont cornés ou calcaires; dans les végétaux, ils sont herbacés ou ligneux. Des deux côtés, le tissu est plus ou moins solide, strié, cannelé, tordu et composé de couches concentriques. De plus, l’écorce animale est spongieuse et plus ou moins tendre, comme l’écorce végétale.
Les gemmes représentent les bourgeons; les Polypes représentent les fleurs. Les barbillons s’étalent en rosettes comme des pétales; ils forment une corolle animée qui s’épanouit et se ferme alternativement.
Dans le Polypier, de même que dans le végétal, les individus élémentaires sont aux extrémités des axes ou sur les côtés, ou bien tout à la fois terminaux et latéraux.
Enfin, une dernière ressemblance se rencontre dans leur reproduction. Le Corail et le végétal donnent des individus isolés, œufs ou graines, qui se détachent de la collection, se développent et produisent une colonie dont les membres demeurent adhérents, et par suite d’autres Coraux et d’autres végétaux, c’est-à-dire d’autres êtres collectifs. C’est la synthèse qui engendre l’analyse, et l’analyse qui reconstitue la synthèse!
Tout en s’arborisant, le Polype se minéralise. Ne dirait-on pas que le règne animal, le règne par excellence, abandonne sa suprématie, et cherche à se confondre avec les autres règnes?
IV
On fait la pêche du Corail principalement à l’entrée de la mer Adriatique, aux environs de Bone et de la Calle, et dans le détroit de Bonifacio. Cette pêche donne naissance à une industrie considérable, qu’il serait important d’encourager et de régulariser.
Sur les côtes de la Sicile, la pêche est extrêmement simple. Trois ou quatre pêcheurs, placés sur une barque, plongent dans la mer une sorte de croix de bois horizontale, à branches égales, portant à chaque extrémité un filet de forme conoïde, tissé avec de l’étoupe. Au centre de l’appareil est ajustée en dessous une grosse pierre, qui l’entraîne rapidement au fond de l’eau. La croix est attachée à une corde; on la descend à une profondeur de 60 à 100 mètres. Un pêcheur élève et abaisse alternativement cet appareil; en même temps les autres rament lentement, de manière à balayer la surface d’un certain nombre de rochers. Les mailles lâches des quatre filets promenés sur les Coraux accrochent leurs branches, les cassent, ou arrachent les Polypiers tout entiers. Quand on suppose que la prise est suffisante, on retire l’appareil; on détache la récolte, et on la dépose dans le bateau.
A la place de l’instrument que nous venons de décrire, on emploie quelquefois un autre engin, composé d’un cercle de fer de 50 centimètres de diamètre, qui forme l’ouverture d’une petite poche destinée à recevoir les branches qu’on brise. A droite et à gauche sont suspendus deux filets. Le cercle est situé à l’extrémité d’une grande poutre, quelquefois plus longue que la barque. Cette poutre est portée par deux cordes, et, tout près du cercle de fer, on a fixé une pierre. On introduit cet instrument dans des cavités où le premier n’a pas pu pénétrer.