MÉDUSE AUX BEAUX CHEVEUX
(Cyanæa euplocamia Lesson).

Dans certaines espèces, les parties centrales seulement sont colorées; elles se montrent rouges ou jaunes, bleues ou violettes. Le reste est sans couleur.

Dans d’autres, la masse centrale semble vêtue d’un voile extrêmement mince, diaphane et irisé, semblable à la lame légère et fugace d’une bulle de savon, ou bien à la cloche transparente qui recouvre un bouquet de fleurs artificielles.

Les Acalèphes sont des animaux sans consistance, pénétrés de beaucoup d’eau. On a de la peine à comprendre comment leur trame délicate peut résister à l’agitation des flots et à la force des courants. La vague les balance sans les meurtrir; la tempête les disperse sans les tuer. Quand on retire de la mer ces favoris de la Nature et qu’on les jette sur la plage, leur substance se dissout; l’animal se décompose, il se réduit à presque rien. Si le soleil est bien ardent, cette désorganisation s’opère en un clin d’œil.

Les vagues, en se retirant, déposent souvent sur la grève des amas de pauvres Méduses, qui s’y fondent comme des glaçons.

On dit que certaines espèces très-grandes, du poids de 5 à 6 kilogrammes, ne contiennent que 10 à 12 grammes de matière solide.

M. Telfair vit, en 1819, sur le rivage de Bombay, une Méduse énorme abandonnée; elle pesait plusieurs tonneaux. Trois jours après, l’animal commençait à se putréfier. M. Telfair fit surveiller cette décomposition par les pêcheurs du voisinage, afin de recueillir les os ou les cartilages de cette grosse bête, si par hasard elle en avait. Mais elle se pourrit tout entière et ne laissa aucun reste. Il fallut pourtant neuf mois pour qu’elle disparût complétement.

Les Acalèphes de nos côtes sont loin d’avoir une taille aussi monstrueuse; beaucoup peuvent passer pour de petits animaux. Un des plus délicats est la Turris négligée[58], qu’on a décrite comme une clochette de verre rouge ornée de quatre raies transversales et de quatre appendices blancs disposés en croix. Aux bords de la clochette règne une frange neigeuse du plus joli effet.

Les Acalèphes sont quelquefois réunis en nombre considérable. Les barques qui traversent l’étang de Thau rencontrent, à certaines époques de l’année, des colonies nombreuses d’une espèce de la taille d’un petit melon, presque transparente, blanchâtre comme de l’eau troublée par un nuage d’anisette. On serait tenté de prendre ces animaux pour une collection flottante de bonnets grecs de mousseline.