— Nous nous sommes rencontrés chez Roysel, qui m’avait invité à venir voir ses trophées… Il a un casque allemand, une carabine et des grenades d’un nouveau modèle que j’étais curieux de voir… Pendant que j’y étais, M. de Kéravan est venu pour le charger de quelques commissions pour leurs amis communs. Tu sais qu’il retourne au front après-demain ? Et M. de Kéravan et lui sont du même régiment, de la même compagnie ; ils font popote ensemble avec les autres officiers. Oh ! à propos tu te souviens du neveu de bon ami, Hubert de Louvigny ? Ils ont parlé de lui. C’est aussi un de leurs amis. C’est pour lui que M. de Kéravan avait une commission : une jumelle qu’il s’était chargé de lui acheter… Quel garçon adorable et sympathique !
— De qui parles-tu ? D’Hubert ?
Diane avait eu un léger mouvement en entendant prononcer le nom de son correspondant ou plutôt de celui de Rose Perrin.
Elle eut une seconde la pensée de se confier à son frère, de lui montrer ses lettres…
Puis elle se demanda comment il jugerait la chose ; il la blâmerait, discuterait, ne comprendrait pas les raisons qui l’avaient fait écrire sous un faux nom… Décidément il valait mieux ne rien dire.
Pendant que ces réflexions lui traversaient l’esprit, Jacques répondait :
— Je parle de M. de Kéravan ; nous avons passé ensemble une bonne demi-heure, et comme il rentrait chez lui en sortant de chez Roysel, je lui ai offert une place dans l’auto…
— Qu’il a acceptée ?
— Qu’il a acceptée en me faisant grand plaisir. Nous avons continué à causer ; je le trouve tout à fait charmant. Il m’a parlé de son temps de Saint-Cyr ; il m’a donné des conseils pour mon examen et il veut même me recommander à un vieux bonze qu’il connaît.
— Nous n’avons pas besoin de lui, fit Diane d’un ton de mauvaise humeur. Pour cela bon ami suffira…