Celle-ci prenait son attitude pour un reste de rancune ou de méfiance. Pourtant, ces manières distantes irritaient l’orgueil de la jeune fille, et la pensée de l’officier l’occupait plus qu’elle n’eût voulu se l’avouer.
Elle était étonnée et irritée à la fois de constater qu’un homme pouvait rester insensible au pouvoir de ses charmes. Et il fallait que ce fût ce Breton, si pauvre, si sauvage, qu’il n’admettait personne dans son intimité, qui opposât une froideur glaciale aux avances dont elle daignait l’honorer ! Depuis longtemps, Diane ne se souvenait pas d’avoir fait autant de frais, d’avoir été aussi naturelle, aussi aimable, en pure perte.
— Quel entêté ! Quel orgueilleux !
Le granit des rochers de son pays n’était pas plus dur à entamer que cette nature obstinée, rebelle à toute emprise !
Diane, dépitée, se reprochait d’y trop penser et de négliger le souvenir d’Hubert, lui qui, certes, pensait-elle, eût été trop heureux de lui payer son tribut d’admiration.
« Je devrais supprimer ces promenades, se disait-elle, mais Jacques y tient, il lui reste si peu d’amis ! Il partira dans quelques semaines et je l’oublierai. Pourquoi Hubert n’écrit-il plus ? Est-il fatigué de notre correspondance ou a-t-il été blessé ? »
Cette question l’inquiétait.
Un jour — ils se promenaient à pied dans la roseraie de Bagatelle, ayant laissé leurs chevaux à la grille — Diane profita de ce que son frère était un peu éloigné, occupé à causer avec un jardinier, pour demander au lieutenant, qui continuait à marcher auprès d’elle avec l’air contraint qu’il gardait toujours :
— Je crois que vous connaissez le lieutenant de Louvigny ?
— Oui, mademoiselle, Hubert de Louvigny et moi sommes très liés. Vous le connaissez aussi ?