— C’est un de nos anciens camarades de jeux. Je me souviens à peine de lui. Il venait autrefois à la maison, pendant qu’il faisait ses études, avec son oncle, qui se trouve être notre tuteur à mon frère et à moi. N’a-t-il pas été blessé ?

— Il avait subi un grave commencement d’asphyxie pendant la dernière attaque… Il a eu la chance d’en sortir.

Diane jeta un regard involontaire sur la croix qui étoilait la poitrine de l’officier ; mais, sachant qu’il ne souffrait pas d’allusion à sa bravoure, elle se contenta de dire :

— Il était très gai autrefois. Comment est-il devenu ?

— Toujours le même, c’est un si excellent garçon, plein d’entrain, d’une santé resplendissante et le plus joyeux compagnon de notre popote ! Rien de pareil à la gaieté communicative de Louvigny pour éloigner le cafard… Avec cela, c’est le meilleur et le plus serviable des amis… Et son courage égale sa bonté. Il est aussi réconfortant de le voir au combat que de l’entendre à table.

Ils s’étaient arrêtés au détour de l’allée pour attendre leur compagnon. Mlle de Trivières considérait avec étonnement la physionomie du lieutenant pendant qu’il faisait l’éloge de son ami.

Ainsi, cet homme froid était donc susceptible d’éprouver de l’amitié ?… Comment la gaieté exubérante d’Hubert cadrait-elle avec le flegme imperturbable du rude Breton ? Encore un mystère de la loi des contrastes.

Cependant, elle lui sut gré de son attachement sincère pour celui auquel elle se croyait destinée.

Diane réfléchissait souvent à la situation qu’elle s’était créée par sa correspondance avec le neveu de son tuteur…

Lorsque, la comédie jouée, elle enlèverait son masque, Hubert n’aurait plus qu’à tomber à ses genoux en lui jurant un amour éternel. Mme de Trivières, ainsi que le général, assisteraient au dénouement et viendraient à point pour donner leur bénédiction en feignant une grande stupéfaction, ainsi qu’il est de règle au troisième acte de toute comédie bien conduite.