Le plan en était tracé d’avance. Pas de surprise ! Rien à craindre !… que la balle ou l’éclat d’obus qui pouvaient interrompre le cours de la pièce en supprimant le héros.

Et ce danger constamment suspendu sur sa tête rendait celui-ci encore plus intéressant.

Diane était satisfaite du portrait qu’en faisait de Kéravan ; elle n’y trouvait qu’une seule chose à reprendre : c’est que ce portrait ne s’accordait nullement avec celui qu’elle s’était plu à imaginer.

Le correspondant de Rose Perrin, d’après ses lettres, lui paraissait plutôt sentimental.

Il se disait lui-même : « Gai rarement, triste le plus souvent. »

Elle le voyait, ce fin psychologue, d’esprit sérieux, réfléchi, plutôt penchant du côté de la mélancolie que de la gaieté ; sans doute était-il très différent dans sa correspondance, ou bien sa gaieté habituelle n’était-elle qu’en surface et voulait-il donner à ses camarades l’exemple d’un entrain nécessaire…

Quoi qu’il en fût, Diane n’hésitait pas dans son choix ; entre ces images différentes elle s’avoua que l’auteur des lettres à Rose Perrin emportait ses sympathies…

CHAPITRE II

Après trois longues semaines de beau fixe, le temps se mit soudain à la pluie et, pendant deux ou trois jours, la promenade au Bois fut impossible.

— Moreau m’a remis tout à l’heure un bouquin de théorie militaire de la part de M. de Kéravan. Nous en avions parlé ensemble. Je lui ai envoyé quelques mots de remerciements et je le prie de vouloir bien venir ce soir ou demain reprendre son livre… Je n’ai qu’un renseignement à y trouver.