— Je voulais venir, n’eût-ce été que pour avoir le plaisir de vous voir, mais ma sœur m’a rappelé les recommandations maternelles au sujet de ma précieuse santé… Il ne me reste plus si longtemps à leur obéir pour que je risque maintenant de leur donner des inquiétudes qu’elles n’auront que trop de raisons d’avoir plus tard… quand je serai là-bas… Ma sœur et son institutrice sont dans le salon. Voulez-vous que nous rentrions ou ne préférez-vous pas que nous nous asseyions un moment sur ce banc sec… ou à peu près, pour jouir de cette belle soirée ?
— Asseyons-nous ici un instant. Notre conversation manquerait de charme pour ces dames. J’irai saluer mademoiselle votre sœur avant de me retirer.
— Eh bien, venez sous le balcon… Nous recevrons bien quelques gouttes des branches du lilas, mais le banc paraît sec. Nous serons à l’abri… Une cigarette ?
— Volontiers. Bien que le major m’ait défendu de fumer, je vais, pour cette fois, me permettre une infraction. Eh bien ! avez-vous regardé le passage que je vous avais signalé et annoté ?
Pendant ce temps, Mlle Guiraud disait à son ancienne élève :
— Diane, ma chère enfant, faites-moi un peu de musique. Cela s’accordera si bien avec cette ravissante soirée !
— Mademoiselle, comme vous sentez ces choses-là ! dit la jeune fille sur un ton de moquerie amicale. Vous souvenez-vous que vous répétiez souvent autrefois que, de nous deux, vous étiez la plus jeune ?
En parlant, elle avait ouvert l’Erard placé au fond du salon.
La vieille fille regardait d’un air pensif son ancienne élève.
Elle déclara soudain :