— Eh bien ! je dois dire que les choses sont bien changées. Depuis ces derniers jours, je vous étudie et je cherche à m’expliquer une énigme…

— A mon sujet ?

— Oui, vous-même ! Est-ce moi qui ai beaucoup vieilli depuis la guerre, ou est-ce vous plutôt qui avez singulièrement changé de caractère ? Mais vous avez changé… C’est un fait !

— Comment, changé ? En plus mal ?

— En mieux, ma chère Diane. Avec vous j’ai mon franc-parler, je sais que vous ne vous fâcherez pas : j’avais gardé de vous le souvenir d’une enfant plutôt renfermée, oisive, indifférente à tout, tandis que maintenant…

Diane regardait curieusement sa vieille institutrice, elle tenait à la main un des cahiers de musique qu’elle cessa de feuilleter.

— Et maintenant ? dit-elle, qu’y a-t-il de changé ?

— Vous avez changé en tout. C’est insaisissable ; ce sont des nuances, mais pour qui vous connaît, ou croyait bien vous connaître comme moi, le changement est réel.

— Vraiment ? Expliquez-vous, chère mademoiselle.

— Ainsi, par exemple, il est bien rare que je vous voie inoccupée : vous lisez, vous travaillez, vous qui détestiez la lecture et que j’avais tant de peine à faire toucher à une aiguille !