Vous causez plus volontiers, vous avez des éclairs de gaieté, et c’était justement ce qui me désolait autrefois, de vous voir trop raisonnable, vieille pour votre âge… Aujourd’hui vous vous intéressez à des choses qui vous laissaient tout à fait indifférente… Ainsi, ce chandail que je tricote pour un soldat, vous avez voulu apprendre à le faire… J’en suis restée confondue !

— C’est pourtant bien ordinaire, murmura Diane.

Elle avait l’air de réfléchir, les yeux baissés sur les feuillets qu’elle remuait d’une main distraite.

— Pour une autre, oui, mais pour vous ? Cela vous ressemblait si peu !… si peu à la Diane que j’ai connue ! Enfin, ma chère enfant, je n’ai qu’à vous féliciter de votre heureux changement !

La vertu de la guerre vous a touchée, et si la cause n’en était pas si triste, je me réjouirais du résultat…

Diane avait fini par s’asseoir devant le piano ouvert. Les yeux perdus dans une rêverie, elle paraissait être à cent lieues de là.

— Eh bien, chère enfant, dit Mlle Guiraud en reprenant son tricot, jouez-moi ce que vous voudrez… Vous savez que Chopin est mon préféré… Je vous écoute.

Par la fenêtre grande ouverte les sons assourdis de l’instrument arrivèrent jusqu’aux causeurs assis, sous le balcon.

Hervé de Kéravan leva la tête pour écouter.

— Ne faites pas attention, dit Jacques, c’est ma sœur qui endort tous les soirs sa vieille institutrice en lui jouant ses airs préférés.