— Je suis enchantée de vous avoir fait plaisir… sans le savoir. Monsieur le sauvage, vous seriez bien aimable de dire à mon imprudent de frère qu’il va prendre un rhume sous ce balcon humide, et vous viendrez avec lui prendre une tasse de thé qui vous attend ici. Mlle Guiraud va se réveiller tout exprès pour vous en faire les honneurs.
— Ne la dérange pas, s’écria Jacques, ce serait un meurtre ! Laisse-la dormir. Je sais un moyen d’éviter de la réveiller. Allons, mon lieutenant, un peu de gymnastique !
Ce disant, le jeune garçon avait saisi le tronc noueux du lilas, dont les branches montaient à hauteur du balcon. De la plus haute, il s’agrippa au rebord ajouré des pierres formant saillie et fit un saut jusqu’auprès de sa sœur.
Hervé de Kéravan l’imita et arriva au balcon presque en même temps et se trouva devant Mlle de Trivières qu’il salua respectueusement.
— Mademoiselle, dit-il de sa voix profonde, voyez combien vous aviez raison, tout à l’heure, en me traitant de sauvage : voici la première fois que j’entre chez vous et il faut que ce soit par la fenêtre ! Le sauvage s’en excuse et l’homme civilisé dépose à vos pieds ses respectueux hommages.
Diane tendit la main avec un sourire.
— C’est à moi de m’excuser, monsieur. J’ai parlé de vous un peu… cavalièrement ! Si j’avais pu me douter que vous étiez ici…
Il répondit, toujours sérieux :
— Vous n’avez rien dit d’autre que la vérité, mademoiselle, j’en ai bien peur…
Ils rentrèrent dans le salon où Mlle Guiraud, n’entendant plus de musique, venait de secouer sa somnolence. Jacques présenta son grand ami.