Diane servit le thé.
Elle était animée, en train, très en beauté. Sa taille haute et gracieuse mettait une note de clarté dans tous les endroits du salon où l’officier suivait du regard le sillage de sa robe blanche.
C’était la première fois qu’il la voyait dans son cadre habituel, et en vêtements d’intérieur ; il s’étonnait de la trouver très féminine de gestes et d’allure et reconnaissait à peine l’amazone des bois à la fière tournure qui lui avait paru si distante.
Celle-ci était plus accessible… Sa parole simple, presque familière, le charmait. Elle le traitait non seulement en invité, mais en ami déjà ancien… Le mot qu’elle venait de jeter du haut du balcon, ce mot de sauvage qui se rapportait à leur première rencontre, avait rompu la glace.
Hervé eut l’impression qu’à partir de cette soirée, leurs relations étaient changées.
Désormais il la retrouverait dans son souvenir non plus en amazone hardie, mais en femme délicieusement gracieuse et belle… Il comprit que sa destinée était fixée, que l’amour impossible entré dans son cœur n’en sortirait plus, mais de même que Fortunio il se sentait de force à
Mourir pour sa mie
Sans la nommer !
Mlle de Trivières, lui ayant arraché l’aveu qu’il était « un peu » musicien, le força de se mettre au piano pour lui accompagner l’air de Dalila : « Réponds à ma tendresse », réclamé par son frère.
Hervé avait parlé trop modestement de ses talents de musicien. A la vérité, l’aînée de ses sœurs, artiste supérieure et professeur consciencieux, s’était appliquée à lui communiquer une partie de son talent.