Bien que toujours réservé avec Diane, le lieutenant avait désormais avec elle de longues causeries animées. Il se laissait aller au plaisir de la voir chaque jour, de jouir de sa présence pendant le peu de temps qui lui restait à dépenser. Plus tard… c’était le grand aléa, l’inconnu mystérieux qui, peut-être, l’éloignerait d’elle à jamais !

En attendant, il jouissait pleinement du présent.

La jeune fille, de son côté, paraissait de jour en jour goûter davantage sa société ; c’était elle maintenant qui rappelait à Jacques leurs rendez-vous.

Auprès d’Hervé, elle se donnait le plaisir rare d’être franche, naturelle, délivrée enfin de la crainte qui l’avait poursuivie si longtemps.

Le caractère d’Hervé de Kéravan le mettait au-dessus des calculs intéressés ; il avait si peu des allures de prétendant ! Ainsi que Diane l’avait dit à son frère, au début de leurs relations, « celui-là ne ressemblait pas aux autres, et il ne saurait jamais lui faire la cour… »

Quand cette pensée lui revenait à la mémoire, c’était comme un hommage rendu à l’élévation d’esprit de l’officier et comme une marque de confiance qu’elle lui accordait.

Au cours de leurs longues chevauchées, l’éducation morale de Diane faisait aussi un rapide chemin. Auprès de ce soldat, à qui son passé d’héroïsme donnait une singulière autorité, Mlle de Trivières se sentait parfois très petite fille… Il lui arrivait de souhaiter une approbation, une marque d’estime venant de ce héros et, sentant confusément combien sa vie frivole de naguère devait déplaire à sa tournure d’esprit, elle évitait d’en parler.

Un jour, en rentrant à l’hôtel, le lieutenant prévint ses amis qu’il serait privé de les voir le lendemain. Il avait promis de visiter un de ses camarades blessés, en traitement au Val-de-Grâce.

— Je regrette de ne pouvoir aller avec vous, dit Diane. J’aurais aimé visiter un hôpital.

— Il me sera très facile de vous faire pénétrer au Val-de-Grâce, répondit de Kéravan, si vous le désirez. C’est là que j’ai été soigné lors de ma première blessure, et j’ai gardé d’excellentes relations avec un major en chef… En m’adressant à lui, j’obtiendrai aisément, je crois, votre introduction.