Appuyés sur leur coude, ceux qui pouvaient remuer suivaient des yeux la jeune fille dont la radieuse beauté leur faisait l’effet d’une vision de rêve.

Diane avait apporté des boîtes de cigarettes. De place en place le major lui désignait les blessés auxquels il était permis de fumer. Elle présenta d’abord la boîte de loin, sans se courber, avec son grand air de condescendance qui n’empêchait pas les regards d’admiration de se porter sur elle…

Ce lui était une gêne…

Au fond de la première salle, un soldat barbu dont un énorme pansement entourait l’épaule veuve de son bras, laissa échapper :

— Mazette ! la belle fille !

Au froncement de sourcils du major, il comprit qu’il avait dit une sottise et se cacha la tête sous sa couverture.

Mais Diane, choquée d’abord, se pencha bientôt avec plus de grâce au-dessus des lits de souffrance. L’exclamation brutale venait de lui faire comprendre quelle joie était la vue de sa beauté aux yeux de ces malheureux, repus de spectacles d’horreur.

Ainsi qu’elle le faisait naguère au temps de sa vie mondaine, mais d’une autre manière, avec une nuance de pitié tendre, elle se mit en frais de coquetterie pour eux.

Tout à fait humanisée, réconciliée avec leur souffrance, elle abaissa sur les visages ravagés de fièvre son rayonnant sourire.

Elle semblait demander pardon aux pauvres êtres mutilés de se montrer à eux telle qu’elle était : toute épanouie de grâce et de santé.