« Une vigne vierge et des clématites le recouvrent en partie d’un côté, de l’autre il disparaît sous les roses grimpantes. Tout autour c’est la forêt, sans fleurs, rien que des arbres, chênes, sapins, et des taillis profonds où les pas des promeneurs font lever des lièvres et des biches.

« A cent mètres environ du chalet, on aperçoit le toit de tuiles rouges d’une ferme basse et longue.

« D’ici, j’entends l’aboi des chiens, les cris des enfants, et les roucoulements des pigeons, au matin, le chant du coq. Cela met un peu d’animation dans mon coin perdu toujours plein de silence : c’est un véritable ermitage.

« Et voici la salle où je vous écris.

« Elle est grande et claire étant percée de quatre fenêtres dont deux regardent sur une éclaircie qui domine la vallée et les autres donnent sur une longue allée de sapins.

« Seul le crissement sur le sol des aiguilles de pin avertit de la venue des rares visiteurs de mon ermitage.

« C’est au milieu de cette paix profonde que mes jours se passent, non dans l’oisiveté, car je suis devenue très active ; vous allez en juger :

« Je dois inscrire les piles de linge qui entrent et qui sortent, les bandes de pansement fabriquées par nos ouvrières et les vêtements d’enfants qui prennent le chemin de la ferme pour servir à tout un petit peuple remuant et gai.

« Vous l’avez deviné, cher monsieur, l’endroit où travaille Rose Perrin est un ouvroir ; c’est là que, du matin au soir, je vais et viens de mon bureau à la table chargée de linge, et, de là, aux chambres des blessés convalescents que nous soignons et guérissons au bon air de ces bois.

« Vous me disiez l’hiver dernier : « Occupez-vous, chassez l’ennui par tous les moyens ! » Vous le voyez ; je suis votre conseil ; je ne connais plus l’ennui et je m’en trouve bien. Ici, où je me sais utile, je me sens très heureuse ; une grande sérénité, une paix profonde m’enveloppent si doucement que je me laisse vivre, oubliant de compter les jours… Ma vie est transformée et je me sens l’âme légère comme elle ne l’a jamais été.