« Mademoiselle Perrin,

« C’est mon camarade Plisson, Victor, qui est bien anxieux à cause qu’il ne reçoit rien de vous.

« Il dit comme ça qu’il n’y tient plus et que si il avait encore la jambe qu’on lui a coupée, il ne resterait pas un jour de plus à l’hôpital ; il dit qu’il irait vous demander si c’est que vous l’avez remplacé comme promis parce que vous auriez honte d’un mari avec une jambe de bois.

« Ça, alors, ça serait mal ! (Ce que je vous dis là, c’est de mon cru !)

« Il se fait du mauvais sang rapport à vous que ça fait peine à voir et que ça lui donne la température, que dit M. le major.

« Les autres demoiselles lui ont toutes écrit des petits mots bien aimables, et même qu’elles ont été jusqu’à envoyer des petits paquets, dont des cigarettes qu’on a fumées ensemble en causant de vous… Victor ne sait plus causer que de vous, mademoiselle Perrin ; il en devient « rasoir ». Quant aux lettres de ces demoiselles, c’est moi qui les lis ; Victor veut pas même les voir puisqu’il dit comme ça qu’il n’y en a qu’une qui compte pour lui et que c’est celle-là qui ne dit rien.

« Allons, mademoiselle Perrin, un bon mouvement. Faut pas lui en vouloir de sa jambe, quoi ! C’est pour le pays qu’il l’a laissée, pas vrai ?

« Je ne sais pas vous arranger ça comme il faudrait, mais je me comprends et je pense que vous me comprenez pareillement, parce que, comme dit Victor, vous êtes fine comme une mouche et rusée comme une ablette !

« A part ça, rien de nouveau à vous dire, excepté que Victor a été cité à l’ordre de l’armée et qu’il aura une palme sur sa croix.

« Bien le bonjour, mademoiselle Perrin, de votre respectueux