— Puisque nos enfants ne peuvent faire une connaissance approfondie l’un de l’autre en se voyant, votre neveu étant à l’armée, pourquoi ne la feraient-ils pas par correspondance d’abord ?… Ils se verraient plus tard.

— C’est une idée… mais pour qu’ils s’écrivissent, il faudrait un prétexte.

— Oh ! mon Dieu ! Diane écrit bien à ses filleuls… cela lui en ferait un de plus…

— Si elle lui écrit de la même façon, chère amie, ce ne serait peut-être point le bon moyen pour séduire Hubert !

— Mais nous lui dirons de qui il s’agit. Laissez-moi faire. Je me charge de parler à Diane de son ancien camarade de jeux… Je rafraîchirai ses souvenirs. Nous lui dirons que ce malheureux jeune homme, n’ayant plus de famille, se trouve très abandonné, personne pour lui écrire.

— Et moi, chère amie, vous me supprimerez ?

— Oui, dit la marquise en riant, je vous supprime. Nous aurons comme prétexte que, devant partir en tournée d’inspection ainsi que vous nous l’aviez annoncé…

— Je venais même vous faire mes adieux. Je pars après-demain.

— C’est parfait. Je dirai que vos nombreuses occupations ne vous permettront plus, durant plusieurs mois, d’écrire à votre neveu ; il va être désespéré, c’est un affreux remords pour vous, aussi, vous nous avez chargées, Diane ou moi, de la suite de votre correspondance pendant le temps que vous inspecterez et rédigerez vos rapports… N’est-ce pas bien trouvé ?

— Bravo ! Machiavel n’était rien auprès de vous, et naturellement vous verrez les lettres ?