— Ah ! vous êtes naïf, général ! Comment voulez-vous que ces enfants s’écrivent librement s’ils savent que chaque mot sera contrôlé. Non, je ne le demanderai pas… Mais je connais ma fille, continua Mme de Trivières avec assurance. Je sais qu’elle me montrera ses lettres, elle ne m’a jamais rien caché.

— Elle vous les montrera jusqu’à un certain moment.

— Comment ? Qu’insinuez-vous, sceptique !

— Hé ! hé ! belle amie, j’insinue que vous les verrez jusqu’au moment que nous désirons et que nous aurons provoqué : c’est-à-dire celui où mon Pygmalion animera votre Galathée !

— Décidément, vous tenez à faire des comparaisons plus ou moins avantageuses pour ma fille. Je vous passe Galathée, mais ne me dites plus jamais… vous entendez ? jamais ! que Diane est une idole hindoue… cela je ne vous le pardonnerai pas !

— C’était pourtant une très belle idole, je vous assure. Puisque je suis en veine de comparaisons mythologiques, savez-vous à quelle déesse votre superbe Diane peut être le plus justement comparée ?… Non ? Mais à celle dont elle porte le nom païen, à Diane chasseresse. Malgré moi, je cherche toujours au-dessus de son front le croissant symbolique.

— Taisez-vous, la voici, dit Mme de Trivières, en reprenant activement son tricot. Ne parlons de rien maintenant…

— Vous m’écrirez ?

— Oui, je vous tiendrai au courant.

Au même instant, une voix profonde, richement timbrée, résonna dans la pièce :