Sur cette parole de tendresse paternelle qu’il proféra à mi-voix, l’ex-directeur de cinquante usines et le propriétaire d’un quartier de New-York s’endormit et fit les songes les plus agréables.

Il y vit passer tour à tour un lac agrémenté de cygnes, une jeune fille belle comme une reine… Celle-ci contemplait avec admiration l’héritier de la raison sociale, Richardson Smith and Co, lequel se tenait à ses pieds, une main sur son cœur et l’autre appuyée sur la tête d’une biche blanche, le tout dans un décor de verdures.

Un petit vent d’est, rafraîchissant et chargé de l’odeur résineuse des sapins, faisait trembler les corolles des clématites lorsque, le jour suivant, vers quatre heures de l’après-midi, Rose Perrin dit à Mlle de Trivières, occupée à compter des bandes de pansement :

— Mademoiselle, j’entends les voitures… les voilà. Elles sont dans l’avenue.

On appelait l’avenue la simple allée de sapins, pareille à toutes les autres, mais aboutissant directement du château à l’ancien pavillon de chasse.

Deux automobiles débouchaient dans la petite clairière et stoppaient devant l’entrée.

Diane parut sur le seuil au milieu de son état-major d’ouvrières et de gardes-malades. Au même instant, la troupe d’enfants, sous la conduite de la sœur Philomène, sortait du chemin de la ferme.

Une fillette en blanc, portant un gros bouquet, marchait la première ; elle devait avoir l’honneur de réciter le compliment de bienvenue à Mme la marquise.

Voyant descendre d’auto deux dames également belles et respectables, l’enfant hésita, ne sachant à laquelle s’adresser, et Mrs Richardson faillit recevoir l’hommage destiné à la châtelaine, bévue qui eût été fort sensible à Mme de Trivières.

Cependant, la marquise répondit très gracieusement au compliment ; elle daigna accepter le bouquet et adressa même quelques mots de félicitation à sœur Philomène sur la bonne tenue de ses enfants.