La dernière lettre d’Hubert déclarant sa passion pour une autre femme l’avait froissée dans sa vanité de jeune fille, mais l’avait aussi éclairée sur l’état de son propre cœur. Il lui sembla qu’elle devait déclarer la vérité à celui qu’elle prenait pour Hubert et un jour de septembre elle se résolut à écrire :

« Cher monsieur et ami,

« Vous devez être étonné de n’avoir pas reçu de réponse à votre dernière lettre… Ma vie est si remplie et si sérieusement, que je dois souvent remettre à plus tard ma correspondance personnelle.

« Mais, après vous avoir rappelé la première notre pacte d’amitié, je serais impardonnable, ne le pensez-vous pas ? d’y être infidèle.

« Je réponds à votre lettre comme si elle m’était arrivée d’hier… Il y était question d’un violent chagrin au sujet de certaine personne.

« Vous aviez raison de croire que votre confidence m’intéressait.

« Un cœur de femme s’ouvre naturellement à la sympathie quand il s’agit d’un penchant malheureux, et d’autant plus quand il ressent lui-même une tristesse analogue.

« Voici un bien gros aveu de la part d’une jeune fille. C’est à l’ami loyal qui m’a fait la promesse de ne jamais chercher à connaître Rose Perrin que je m’adresse.

« Vous vouliez être consolé ?

« Vous vouliez que je vous plaigne ?