Les parentés se conservent aussi pieusement que des reliques ; c’est ce qui fait la force des liens de famille. Ainsi, je puis bien vous parler de certain projet que nous avions formé pour mon petit-fils Hervé.
C’était de lui faire épouser une arrière-petite-cousine qui a reçu, dans un couvent de Vannes, une éducation en rapport avec nos idées. Douce, pieuse… et jolie, à ce qu’assurent mes petites-filles… Pas une de ces évaporées comme on en voit dans les grandes villes.
Je l’ai rappelé à mon petit-fils dernièrement, pendant son congé. Annaïk m’avait écrit une lettre si gentille pour s’informer de son cousin. Bah ! il a à peine écouté.
Autrefois, il en parlait volontiers ; et maintenant… Oui, maintenant, pourquoi répond-il d’un ton indifférent ?
Pourquoi m’a-t-il affirmé qu’il ne se marierait pas, qu’il voulait vivre toujours avec sa vieille grand’mère ?
Il n’a pas le droit de parler ainsi !
Il est le dernier des Kéravan de la branche aînée. Il sait que la vieille souche s’éteindrait avec lui. Et puis, cette petite Le Gallec est fille unique. Elle aura du bien, de l’argent. Est-ce qu’il veut végéter toute sa vie, pauvre officier sans fortune ? Quelle figure fera-t-il, lui un Kéravan de la branche aînée, sans autre argent que sa solde, fier comme il l’est ?
Est-ce qu’il saura jamais briguer un avancement, une faveur ? Non, non. Les Kéravan ne doivent rien qu’à leur mérite. Mais la fortune n’y a jamais nui… au contraire. Pourquoi a-t-il changé ainsi ?
Pourquoi ne veut-il plus épouser Annaïk ? Oui, pourquoi ?
Depuis longtemps, la vieille dame avait oublié la présence d’une personne étrangère.