Elle parlait en hochant la tête, d’une voix à peine perceptible. Son visage était tourné vers la flamme à laquelle elle présentait ses mains transparentes ; elle les frottait l’une contre l’autre comme s’il lui était impossible de les réchauffer.
La pauvre aveugle vivant dans la réclusion devait avoir pris l’habitude de ces longs monologues, de ces questions répétées qui restaient sans réponse. Elle ne paraissait même point en attendre, enchaînant avec volubilité les questions aux réflexions personnelles.
Elle passait sans transition d’un sujet à un autre, suivait le fil d’une idée qui s’égarait, y revenait ensuite et continuait ses questions sans fin…
Mlle de Trivières restait devant elle, gênée, n’osant interrompre ce flux de paroles et craignant de recevoir des confidences qui ne lui étaient pas destinées.
A quelques-unes de ces questions, et surtout aux dernières, elle se disait, à part soi, qu’il lui eût été assez facile de donner des réponses.
Pourquoi le lieutenant de Kéravan ne voulait-il plus entendre parler de sa petite-cousine au trente-sixième degré, Mlle Annaïk ? Mlle de Trivières était peut-être mieux qualifiée que quiconque pour l’expliquer.
Mais elle garda pour elle ses réflexions et tenta d’attirer l’attention de la baronne en lui touchant le bras légèrement.
L’aveugle tressaillit. Elle passa sa main sur ses yeux sans regard.
— Oh ! pardon, mademoiselle. Excusez-moi ! Je vis si retirée ! Il m’arrive quelquefois d’avoir des absences.
— Je suis obligée de vous quitter, madame, dit Diane en se levant. J’ai rendez-vous avec ma mère à trois heures pour des visites. Je regrette de ne pouvoir rester davantage, mais je craindrais de vous fatiguer.