— Oh ! non, chère demoiselle. Ne dites pas cela, s’écria l’aveugle en tendant ses mains. Vous m’avez fait tant… tant de plaisir !

Quand mon petit-fils est ici, je ne m’ennuie jamais. C’est un si bon enfant ! Il me donne presque tout son temps ! Et cependant ma société n’est pas bien amusante pour un garçon de son âge.

Il me fait la lecture. C’est un plaisir si rare pour moi qui ne lis plus ! Ma pauvre Corentine arrive à grand’peine à me lire les communiqués de la guerre. Cela suffit pour me tenir au courant. Je me dis : Hervé était peut-être ici… ou là. Il a pris part à tel assaut ! Et quand les nouvelles sont plus terribles, je prie davantage la bonne sainte Anne, ma patronne, de protéger mon enfant !… Qu’est-ce que je vous disais ?

Ah ! oui ! je parlais de lectures… Cette pauvre fille lit d’une manière si insipide qu’elle m’endort. Oui… le croiriez-vous ? elle m’endort ! répéta l’aveugle avec un petit rire narquois à l’adresse de sa lectrice ordinaire.

Diane se sentit touchée de tant d’abandon :

— Madame, dit-elle, voulez-vous accepter que je vienne de temps en temps vous faire la lecture ? J’en serai très heureuse ! J’ai pris depuis la guerre beaucoup de goût à la lecture et je passerai près de vous le temps que j’y consacre habituellement.

Une joie véritable illumina le visage de l’aveugle.

— Vraiment ! vous feriez cela ? Oh ! chère demoiselle, soyez bénie pour cette bonne pensée ! Vous ne pouvez imaginer le plaisir que vous me ferez. La solitude est ce qu’il y a de plus affreux pour les vieillards… Je savais déjà que vous étiez belle…

— Madame !

— Oui… oui, on me l’a dit ! Et depuis hier, je sais que vous êtes bonne… bonne !