A bientôt, ne me faites pas trop attendre !
Fidèle à la promesse qu’elle venait de faire, Diane renouvela souvent ses visites dans la chambre aux portraits.
Maintenant qu’ils avaient fait connaissance, il semblait à la jeune fille que ceux-ci l’accueillaient avec condescendance, mais sans froideur.
Ses toilettes parisiennes à la dernière mode, jupe étroite et courte, découvrant les bas de soie et les fines bottes à hauts talons, blouses de soie claire, jaquettes du bon faiseur, les offusquaient encore, mais il y avait une pitié si douce, de telles inflexions de caresses dans les yeux et la voix de la visiteuse quand elle abaissait sa lumineuse beauté sur le pauvre visage éteint, sur le corps émacié et les mains diaphanes de leur descendante, que les portraits laissaient fondre leur glace ; ils jetaient à la jolie Parisienne des regards moins farouches.
Il est vrai de dire que si Mlle de Trivières avait entrepris son œuvre charitable sans grand enthousiasme, elle fut elle-même surprise de constater qu’elle y trouvait du plaisir et elle s’accoutuma sans peine à monter chaque jour avant le dîner jusqu’au cinquième étage pour passer un moment auprès de la recluse, qui attendait sa visite en comptant les heures.
Lorsque la lecture fatiguait Mme de Kéravan, elles causaient.
Il arrivait encore, mais de plus en plus rarement, que la causerie dégénérait en monologues où l’aveugle ressassait les souvenirs de sa jeunesse ; elle racontait le départ de son fils, le père d’Hervé, parti un jour sur son brick, la Sainte-Anne, et qu’on n’avait jamais revu…
Elle parlait de la terrible attente des deux femmes restées au foyer ; de la disparition de la plus jeune emportée par une maladie de langueur et laissant à l’aïeule la charge de ses quatre petits. Les réminiscences de Mme de Kéravan se terminaient toujours par une histoire commençant par ces mots :
« Quand Hervé était petit… »
Diane connaissait maintenant la vie antérieure du lieutenant mieux que ne devait la connaître la cousine Annaïk elle-même.