Entendant marcher tout près d’elle, la dame étendit la main d’un geste hésitant et le général se dit :

— Ah ! c’est cette dame aveugle qui n’a pas payé son loyer !

Prenant doucement la main de l’aveugle qui l’avait touché au passage, il la conduisit au bas des marches de l’escalier.

— Vous êtes en plein courant d’air, madame, dit-il, permettez-moi de vous mettre à l’abri.

— Ce n’est donc pas vous, Corentine ? demanda la vieille dame… Où donc êtes-vous ?

— Ici, madame. Le concierge me donnait une lettre.

— Une lettre de lui ! Une lettre d’Hervé, enfin ! Mais qui m’a conduite ici ?

— Un passant, madame, répondit le général, avec son plus respectueux salut, bien qu’il dût être perdu pour l’aveugle, le général d’Antivy. Puisque le hasard me met sur votre chemin, permettez-moi de vous demander si le nom que je viens d’entendre est le vôtre ?

— Oui, général ; je suis la baronne de Kéravan.

— Pardonnez mon insistance. Vous êtes sans doute parente d’un jeune officier que j’ai connu à Saint-Cyr et qui doit être actuellement à l’armée ?