— Hervé ! Hervé de Kéravan, n’est-ce pas ?
C’est mon petit-fils ! Vous le connaissez ?
Vous venez peut-être de l’endroit où il est ? Vous l’avez vu ? Il vous a parlé ?
— Non, madame. Mais je vais repartir pour le front et il se peut que je le rencontre, car je sais qu’Hervé de Kéravan fait partie du même régiment que mon neveu. J’aurai grand plaisir à le revoir. J’ai pu apprécier ses brillantes qualités au temps où j’étais instructeur à l’École, et je suis heureux de vous en féliciter.
La main de la vieille dame tremblait de joie sur le bras de sa servante.
— Oh ! je voudrais vous donner la main, général, pour vous remercier du bel éloge que vous faites de mon enfant ! Si vous le rencontrez là-bas, dites-lui qu’il ne se tourmente pas, que sa vieille grand’mère va très bien… et merci… merci !
Ayant serré avec émotion la main de la vieille dame, le général d’Antivy rejoignit l’automobile qui l’attendait sur l’avenue.
CHAPITRE III
Un indiscret rayon du pâle soleil de mars pénétra dans la chambre de la jeune fille, soie bleue et boiseries gris perle ; cette chambre Louis XV avec ses glaces à guirlandes, ses petits fauteuils de bois ancien, ses consoles fleuries, était le nid douillet où reposait Mlle de Trivières.
Sous des rideaux de dentelles retenus au plafond par deux amours enguirlandés de roses, elle dormait encore, étant rentrée la veille assez tard d’une soirée de bridge agrémentée de musique.