Le rayon de soleil réfléchi dans un miroir incliné dansa de côté et d’autre, s’accrochant aux cuivres du petit bureau, sautant parmi les roses du baldaquin, ou mettant une flamme à la pointe du croissant de Diane, tandis que la Diane vivante, assise sur son lit, prenait son déjeuner matinal et ouvrait son courrier.
La femme de chambre était passée dans le cabinet de toilette adjacent où elle préparait les accessoires du bain.
Diane ouvrait, sans grand intérêt, les journaux, revues de jeunes filles auxquelles elle était abonnée ; son œil allait droit aux rubriques mondaines, à l’article mode, au petit roman anodin qu’elle parcourait distraitement. Puis, elle décacheta quelques lettres : annonces de conférences, quêtes, invitations, concert au profit des orphelins de la guerre…
Tout cela l’ennuyait à mourir.
L’ennui, c’était sa grande maladie. Elle se levait le matin avec la préoccupation de ne point s’ennuyer ce jour-là, et elle s’endormait le soir en se faisant ce morne aveu :
« Comme je me suis ennuyée ! »
Depuis que la guerre avait supprimé une partie des plaisirs qui, par leur répétition bruyante, masquaient le vide de son existence et la sécheresse de ces distractions, Diane trouvait sa vie dénuée d’intérêt, les petites émotions d’orgueil envolées aux premiers coups de canon avec les beaux danseurs des hivers précédents, et rien n’avait comblé le vide : ni les habitudes machinales d’une piété très superficielle, ni aucun élan de charité ou de dévouement.
Plusieurs de ses amies avaient réagi, chacune avec leurs différences de goûts : l’une en s’occupant activement d’une quantité de filleuls, d’autres, comme Lucie de Lizerolles, en soignant des blessés ; mais vraiment ces hôpitaux regorgeant de malades aux plaies infectées ne lui disaient rien !
— C’est un métier de domestique ou de garde-malade, pensa Diane. Voyons, que vais-je faire aujourd’hui ? Quel temps fait-il, Marie ? demanda-t-elle en élevant la voix.
La femme de chambre apparut au seuil du cabinet de toilette.