— Ne l’offre pas au grand Plisson, Victor, il en a quatorze, ce mâtin-là, les colis pleuvent sur lui, et déjà trois d’entre elles l’ont demandé en mariage !…
Après une dernière tournée d’inspection, Kéravan remonta dans la chambre du premier étage qu’il partageait avec Louvigny.
En fait de meubles, deux étroites couchettes sans matelas, une table à trois pieds qui tenait contre le mur par un miracle d’équilibre et deux chaises dépaillées.
En guise d’ornements, Louvigny avait eu l’idée de recouvrir les murs de gravures découpées dans des journaux illustrés, ce qui produisait une galerie de portraits et des effets de couleur saisissants.
Ils se sentaient là chez eux, bien que jamais sûrs d’y revenir après chaque voyage à l’avant.
Qu’importe !
Ils y dormaient, sans souci des marmites, de lourds sommeils d’enfants.
Louvigny s’était couché de bonne heure, après une partie de piquet avec Roysel ; il dormait déjà quand Hervé rentra, fatigué.
Mais avant de s’étendre sur ses fils de fer, le sous-lieutenant vint s’asseoir devant la table.
C’était le moment qu’il avait attendu pour prendre connaissance de sa mystérieuse missive, celle de « sa princesse ». Penché sur un grossier papier de cuisine, l’officier déchiffra péniblement cette épître dont nous corrigeons l’orthographe :